Comment sera la ville de demain ?

Comment sera la ville de demain?François Bellanger anime depuis une dizaine d’années le programme Transit-City : réflexions prospectives sur la ville et les modes de vie.

Basé à Paris mais au rayonnement planétaire, ce think tank est régulièrement sollicité par des structures privées et publiques dans la conception ou l’étude de nouveaux produits, d’aménagement de l’espace, etc. Son ambition ? Jeter des passerelles entre des domaines aussi divers que l’urbanisme et le marketing, la grande distribution et la sociologie, la promotion immobilière et le transport. À la question « Comment sera la ville de demain ? », le chercheur globe-trotter commence dans un premier temps, par grincer des dents. Rencontre.

 

Prospectivedesign-leblog.com : Vous êtes l’auteur de nombreux ouvrages prospectifs sur l’espace urbain, les transports du futur, la mobilité dans 10, 20 ou 30 ans. Selon vous, comment sera la ville de demain ?

Comment sera la ville de demain ?

François Bellanger : De quelle ville parle-t-on ? Bordeaux ? Pékin ? Dakar ou Jakarta ? Il m’est parfaitement impossible de répondre à une question aussi générale ! Sur les sept milliards de Terriens, un milliard vit actuellement dans des bidonvilles et 1,6 milliard d’habitants n’ont encore aujourd’hui pas accès à l’électricité comme 80 % de la population rurale africaine. Paradoxalement, la consommation d’énergie finale a presque doublé depuis les années 70 (4 672 millions de tonnes d’équivalent pétrole en 1973 à 8 677 en 2010) depuis le développement économique de certains pays, comme la Chine. Entre 1973 et 2010, les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sont ainsi passés d’une part de 60,3 % à 42,5 % de la consommation finale mondiale, alors que la Chine passait de 7,9 % à 17,5 %.

La ville de demain n’existe donc pas. Il y aura des villes. Certaines de plus en plus denses à l’image de Bombay qui compte actuellement 22 000 hab/km2 (NDLR : 4 845 hab/km2 à Bordeaux). Quand d’autres s’étaleront avec l’apparition de nouveaux bidonvilles occupés par deux milliards de personnes en 2030 selon les prévisions.

 

Mobilité et travail : des modèles à inventer

 

Prospectivedesign-leblog.com : Prenons dans ce cas, l’exemple précis d’une ville. Une ville « riche », occidentale, en province. Au hasard… Bordeaux. Comment sera la capitale girondine dans 20 ans ?

François Bellanger : De grands projets sont prévus à Bordeaux avec l’opération d’intérêt national Bordeaux-Euratlantique qui se développera sur une surface de 738 hectares répartie sur les villes de Bordeaux, Bègles et Floirac. Ces aménagements urbains composés de logements, bureaux et commerces seront créés sur un périmètre déjà existant. Il s’agit de repenser et d’aménager l’espace, pas de l’étendre. En effet, la ville occidentale de demain sera dense et offrira une mutualisation des services : activités, habitat, équipements sociaux, culturels, de loisirs, magasins, etc.

Prospectivedesign-leblog.com : Bordeaux-Euratlantique prévoit la construction de 50 000 logements supplémentaires et la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) espère atteindre le million d’habitants en 2030 contre 730 000 environ aujourd’hui. Comment éviter les embouteillages et désengorger un centre-ville déjà saturé de véhicules ?

François Bellanger : D’une part, je pense qu’à terme, les centres-ville seront réservés aux piétons. Mais d’autre part, et c’est bien là, le point le plus important, nous allons revoir notre manière d’exercer une activité professionnelle. Afin de limiter l’émission de gaz à effet de serre de milliers de véhicules qui mènent leurs propriétaires sur leur lieu de travail, de nouvelles formes de travail et de formation vont être amenées à se développer (travail nomade, e-learning…), et ce, grâce bien évidemment à l’usage des TIC. Ce processus permettra aux cadres et à l’ensemble du secteur tertiaire avec les services informatiques, la traduction, la formation, la communication, etc. de travailler à distance, en mode coopératif, sur différents projets dans la même journée, sans avoir besoin de se déplacer. Par conséquent, le travail dans ces formes traditionnelles apparaît de plus en plus complexe et diversifié. À l’avenir, les formes mixtes d’emploi et d’activités seront amenées à se développer de façon importante. La mobilité physique et professionnelle poussera inexorablement à la création de nouveaux modèles économiques, à mi-chemin peut-être entre l’indépendance et le salariat.

 

Claire Sémavoine pour Cap Sciences

 

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photo credit: groov3 via photopin cc

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