De l’analyse urbaine à la création d’objets usuels

Les universitaires Stéphanie Cardoso, maître de conférences en design et le sémiologue Alain Jeannel.

Les sciences humaines s’approprient désormais la démarche design. A l’université Bordeaux 3, une étude lancée entre 2002 et 2010, a initié une nouvelle génération de designers, capables de transformer leurs observations d’un territoire ou d’une ville en objets, notamment numériques, d’éducation au regard.Observer, croiser les regards sur trois territoires : le quartier de Lormont dans la région bordelaise, Casablanca et Alger. Tel était le postulat de base de l’étude débutée en 2002. En partenariat avec différents laboratoires de recherche d’Alger et de Casablanca (*), le Mica, (Médias, information, communication, arts) de l’université Bordeaux 3 était de l’aventure. « Sylviane Leprun, la directrice de programme du MICA a lancé ces travaux axés dans un premier temps sur une observation anthropologique et sociologique de ces trois villes. L’étude s’est ouverte ensuite sur l’apport potentiel de la démarche design », indique Stéphanie Cardoso, actuelle responsable du master Design de Bordeaux 3, maître de conférences en design, qui a participé à l’étude « Urbanités in progress ». « C’était très novateur. Généralement, en recherche, on appliquait plutôt une sémiologie pure et dure. Dans cette étude, on partait du territoire, de l’empirique et d’une approche du terrain ethno-plastique ».

Première pierre du master Design

Observations, vidéos et photos recueillies au cours des huit années de recherche ont ainsi constitué un terreau pour mieux interroger les grandes lignes graphiques de ces villes, la densité de leur bâti, l’aspect des façades mais également les pratiques de circulation des habitants, les espaces d’intégration, les expériences vécues et fictionnelles de la ville… Tout un terrain scientifique qui a posé les bases de l’actuel master professionnel « Design, innovation, technologie et arts », créé en 2011 et suivi cette année à l’université Bordeaux 3 par dix-sept étudiants. Nombre d’entre eux travaillent ainsi sur la valorisation du patrimoine urbain bordelais. Ces jeunes designers transforment des données d’analyse urbaine en portail open data, applications, scénarii d’usage…à travers par exemple la création d’une application de parcours en ville pour les parents d’enfants asthmatiques ou un panorama tridimensionnel pour repérer en temps réel quels spectacles sont données dans la ville…

« On est dans du design de service »

« Le travail du designer, dans ce cas-là, est de décoder des données, de leur donner sens et cohérence pour les transformer en objets exploitables avec un objectif déterminé. Il doit trouver, en lien avec des ingénieurs de production et de marketing, l’outil le plus adapté pour permettre au final à un usager de se l’approprier », décrit Alain Jeannel, sémiologue, professeur des Universités et directeur du Centre régional associant Céreq/Spirit (Cracs), ayant participé à « Urbanités in Progress » et  la création du master Design. « On est dans du design de service », ajoute Stéphanie Cardoso. « Savoir voir et transformer ces données pour faire de l’éducation au regard, en travaillant notamment un matériau immatériel, le numérique, et en y ajoutant une dimension anthropologique et transdisciplinaire. En ce sens, une nouvelle profession est en train de se construire ».

(*) Centre de recherche en économique appliquée au développement, Cread d’Alger, l’Ecole polytechnique, architecturale et d’urbanisme d’Alger, la Faculté de lettres et sciences humaines de Casablanca.

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

 

 

 

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