Design accélérateur de business / Anticiper de nouveaux modes de consommation

ADI-Millet

« Faire de la prospective, c’est s’intéresser en effet aux enjeux environnementaux, technologiques, sociaux, culturels, économiques, et de santé, se projeter à 20 ans…» décrit Benoit Millet, intervenant lors des Escales du Design 2014 à Talence. Crédit photo : Yohan Terraza.

Prospectifs, les designers s’attèlent à décortiquer nos pratiques alimentaires actuelles et futures pour concevoir les aliments et les produits de demain. Dans les coulisses du « Lab » de l’école de Design Nantes Atlantique, dirigé par le designer et anthropologue, Benoit Millet.

Aurons-nous bientôt dans nos assiettes des « Minussi », brochettes d’insectes et de légumes enrobées de fruits oléagineux ? Ou des « Biosphères », soupes d’algues et de légumes déshydratés contenus dans une bulle-portion transparente et comestible en film d’alginate qui se dissout rapidement dans l’eau chaude ? Tels sont en effet les produits tout dernièrement conçus par les étudiants-designers de l’Ecole de Design Nantes Atlantique (1), sur fond de réflexion sur la transition protéique ou comment dans le futur proposer des produits aussi riches en protéine que la viande ?

Lutte contre le gaspillage, Drive, Do it yourself… Autant de pistes prospectives

« Faire de la prospective, c’est s’intéresser en effet aux enjeux environnementaux, technologiques, sociaux, culturels, économiques, de santé, se projeter à 20 ans…» décrit Benoit Millet, designer et anthropologue, directeur du Design Lab de l’école de design Nantes Atlantique, intervenant lors des Escales du Design de décembre dernier à Talence. Dans ce laboratoire qui forme les designers de demain, les pistes de recherche se conjugent au pluriel. Pour une alimentation plus riche en protéine végétale, les étudiants designers de Nantes, avec ceux de l’école Oniris Nantes (2) ont de même élaboré un roulé de pâtes aux céréales garni d’une farce légumineuse et d’un coeur de légumes, 100 % eco-innovant… Ainsi qu’une pâte à tartiner ou sauce chaude, Rest’&’Nature, réalisées à partir de la valorisation de fanes de mâche et de poireaux. Des recettes innovantes notamment pour réduire le gaspillage alimentaire, autre piste prospective…

« Mais la réflexion n’est pas seulement sur le côté culinaire, mais aussi sur l’emballage, la transformation du produit, le recyclage… L’objectif d’un designer et sa force est d’avoir justement une approche analytique globale », précise Benoit Millet.

A titre d’exemple, le développement actuel des achats par Drive invite les designers à s’interroger ainsi sur des évolutions de packaging, la fin possible des linéaires, d’une certaine présentation des produits… « On note aussi un mouvement important sur la tendance actuelle du Dot it yourself, avec par exemple la conception de cave d’affinage à fromage pour affiner soi-même son fromage… ».

La difficulté ? Faire du « nouveau » mais « acceptable »

Anticiper les besoins, les évolutions de modes de consommation, interroger les représentations… Le rôle prospectif du designer est cependant ardu. « Dans l’alimentaire, l’innovation de rupture est impossible », analyse ainsi Benoit Millet sous sa casquette d’anthropologue. «  Nous, humains, sommes, et ce, dès la naissance, néophobes. La nouveauté fait peur surtout lorsqu’il faut la mettre à la bouche. Toute la difficulté pour le designer est alors de faire du « nouveau », mais « acceptable » en référence tout de même avec du connu ; sinon c’est la catastrophe ».

Le designer n’en a pas moins plusieurs cordes à son arc pour arriver à innover. Attaquer par l’angle relation homme-machine ou « l’homme et son environnement », « prendre en compte le contexte qui peut être une opportunité ou une contrainte ». Jouer sur les formes, l’univers, les imaginaires autour d’un produit. « L’identité peut tout changer ». Et enfin et surtout, pour Benoit Millet, « être en capacité de se mettre à la place de l’usager, en empathie avec lui. C’est une clé essentielle du succès. Tout comme de tester très rapidement auprès des consommateurs des premiers prototypes pour vérifier leur pertinence dès l’amont. Nous le faisons avec nos étudiants et c’est une façon de procéder d’une efficacité remarquable, qui éviterait aux entreprises, si elle était appliquée, beaucoup de pertes de temps et d’argent ».

(1) Le Design Lab Nouvelles pratiques alimentaires est un atelier de projets et un laboratoire de recherche appliquée au système de l’alimentation. L’équipe du Design Lab y développe une démarche d’innovation par le design à travers un programme pédagogique de cycle master, des projets expérimentaux et des partenariats.

(2) ONIRIS Nantes (Ecole nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation)

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

Retrouvez tous les enregistrements et vidéos sur notre Playlist Escales du Design 2014

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