Design du vivant : salut ou ruine de l’humanité ?

Design du vivant : salut ou ruine de l’humanité ?Faire pousser des vêtements, des chaussures, des maisons ?! Créer des vases en cire grâce à des abeilles guidées ? Rapetisser génétiquement l’espèce humaine afin de pallier les besoins alimentaires d’une population mondiale qui croît inexorablement… À travers l’exposition « En Vie, Alive, aux frontières du design » présenté à l’Espace Fondation EDF (Paris) jusqu’en septembre 2013, une nouvelle génération de chercheurs, designers et artistes a souhaité communiquer sur la révolution biologique dans laquelle pénètre à tâtons, l’humanité. Éclairage de la chercheuse et designer Carole Collet, commissaire de l’exposition.

Prospectivedesign-leblog.com : Des designers, architectes et chercheurs qui s’interrogent sur les nouvelles relations avec la nature depuis la découverte par les scientifiques du génome et de sa reprogrammation ont exposé leur travail lors de l’exposition « En Vie, Alive, aux frontières du design ». Concrètement, qu’est-ce que le public a observé ?

Carole Collet : Lors d’un parcours, grâce à une scénographie immersive, les visiteurs ont accédé par palier à une échelle du vivant. De la « nature naturelle » à une nouvelle « nature reprogrammée », j’ai souhaité organiser l’exposition en cinq pôles distincts.

1. Les « plagiaires » se tournent vers la nature en quête de modèles d’ingénierie et pratiquent le biomimétisme, science qui consiste à déchiffrer les solutions trouvées par la nature. Un exemple ? « Radiant Soil », l’installation architecturale métabolique qui imite le vivant de Philip Beesley. Cette spectaculaire création est constituée de capteurs tactiles qui déclenchent des mouvements de respiration, de caresse, et de déglutition en fonction de la présence des visiteurs.

Design du vivant : salut ou ruine de l’humanité ?2. Les « nouveaux artisans » collaborent avec la nature à l’état « naturel ». C’est-à-dire qu’ils travaillent avec des abeilles, des champignons, des bactéries, des algues ou des plantes afin de développer de nouvelles techniques pour fabriquer des produits de consommation. Le vase en cire d’abeille de Tomáš Libertíny par exemple a particulièrement interloqué les visiteurs. En effet, produit en deux mois par 60 000 abeilles, ce vase s’inscrit dans une manufacture lente, où la fabrication n’est plus une course contre la montre, mais un travail au rythme de la nature.

3. Les « bio-hackers » travaillent en collaboration avec des biologistes synthétiques ou se réfèrent à la recherche de bio-ingénierie de pointe afin d’imaginer ce que nos produits, interfaces et environnements de demain pourraient devenir grâce à la reprogrammation du vivant. L’imprimante d’algues de Marin Sawa en est un parfait exemple. Présenté en avant-première mondiale, « Algerium Bioprinter », un jardin d’algues connecté à une imprimante, permet d’imprimer son petit-déjeuner riche en oligoéléments sur papier de riz.

Design du vivant : salut ou ruine de l’humanité ?4. Les « nouveaux alchimistes » proposent d’explorer la fusion de la biologie, la chimie, la robotique et les nanotechnologies pour créer de nouveaux organismes hybrides. En combinant le vivant au non-vivant, Shamees Aden a exploré le potentiel des protocellules pour créer de nouveaux matériaux intelligents. Son objectif ? Concevoir de nouvelles secondes peaux comme la chaussure de sport « Amoeba shoe » dont la structure peut évoluer selon le terrain et les besoins des athlètes.

Design du vivant : salut ou ruine de l’humanité ?5. Enfin, les « agents provocateurs » encouragent à travers leur vision prospective, un débat sur les questions éthiques liées à ces nouvelles relations possibles entre la nature et l’écologie high-tech. Un exemple un peu fou ? « The increDible shrinking humans proJect » de Arne Hendriks qui imagine tout simplement diminuer la taille normale de l’espèce humaine à 50 centimètres pour réduire l’impact de la crise alimentaire et énergétique majeure à laquelle l’humanité sera bientôt confrontée.

 

Prospectivedesign-leblog.com : Design et technologie du vivant, biologie synthétique, biomimétisme, quelles sont les raisons qui vous ont poussé à organiser une exposition sur la création avec le vivant ?

Carole Collet : Pour être designer, il est essentiel de connaître les matériaux, outils et technologies qui peuvent transformer des concepts en produits finis. Un designer industriel comprend ce qu’est le moulage par injection ou l’impression 3D. Un designer textile sait comment fonctionne un métier à tisser. Un créateur de bijoux peut vous dire à quelle température va fondre l’or. Mais combien de designers savent comment travailler avec des bactéries ou des abeilles ? Comprendre ce qui est possible lorsque l’on travaille avec des matériaux et technologies du vivant va devenir essentiel pour l’industrie créative.

 

Prospectivedesign-leblog.com : La biologie synthétique ou biologie de synthèse suscite de nombreux débats éthiques. Véritable solution d’avenir pour certains avec notamment l’avènement de thérapies plus efficaces, de médicaments moins chers, de nouveaux matériaux facilement recyclables, etc. Pour d’autres, manipuler du vivant, « jouer à Dieu » engendrera inexorablement des dérives. Comment avez-vous traité ce brulant sujet ?

Carole Collet : En tant que commissaire et chercheur, j’ai voulu réévaluer le processus de design lorsqu’il est confronté au « vivant ». L’exposition « En Vie, Alive, aux frontières du design » a présenté ce nouveau paysage en opposant des concepts qui s’inspirent d’un futur où tout est programmable, même le vivant, à un avenir alternatif, ou la nature reste naturelle. Les technologies du vivant peuvent-elles donner une nouvelle direction au développement durable et, si oui, peut-on vraiment les contrôler ? Quels autres modèles écologiques s’opposent au piratage et à la reprogrammation du vivant ? L’humanité avance à tâtons… Mais les spéculations des designers, architectes, chercheurs et artistes nous aident à comprendre, aujourd’hui, ce que les technologies du vivant de demain pourraient nous apporter. Ou pas.

 

Claire Sémavoine pour Cap Sciences

 

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