Intelligence Design / Design au 21è siècle / « Design et robotique : se détacher de la forme humanoïde »

Les kinetic sculpture, cubes en papier connectés au web et qui réagissent à votre activité sur internet.

Les kinetic sculpture, cubes en papier connectés au web et qui réagissent à votre activité sur internet.

Actuellement, le design des robots s’inspire généralement de formes humanoïdes et anthropomorphiques. Certains essaient de s’en détacher. Suite de l’entretien avec Nicolas Gaudron, spécialiste du design des interactions, co-directeur de l’agence IDSL.

Pour animer ces objets, leur donner une forme « vivante », la tendance des designers actuels n’est-elle pas cependant de s’inspirer surtout de formes humanoïdes ?

C’est vrai que dans la robotique, les chercheurs tendent à copier la nature et l’humanoïde. Il y a effectivement d’autres facteurs formes à explorer comme les designers britanniques Dunne & Raby ont pu le faire. Le faible coût de l’électronique et l’émergence des objets connectés permettent de faire apparaître des objets « hybrides». Le projet « Tumtumtree » de William Ngan  est un pot de fleur qui se déplace en suivant les rayons du soleil à l’intérieur de la maison. Ces nouveaux objets posent de nouvelles questions aux concepteurs : comment l’objet bouge, que fait-il à l’arrêt ? Quelle forme doit-il prendre, etc…
Il est nécessaire de faire intervenir plusieurs métiers pour concevoir ces objets. L’enjeu est de mon point de vue d’arriver à faire travailler l’équipe projet en cohérence pour que chaque élément, chaque comportement de l’objet soit cohérent avec les autres. Ce n’est pas simple. Par exemple, aujourd’hui il n’est pas rare de voir le designer industriel travailler la boîte, le designer sonore travailler le son sans que ces deux métiers n’échangent entre eux. Il faut un chef d’orchestre, garant de la cohérence. Par exemple ce type de projet pourrait nécessiter l’apport d’un concepteur / animateur de dessin animés.

Pouvez-vous nous donner des exemples ?

La lampe Pixar est un bon exemple. Les dessinateurs ont réussi à lui donner vie : du mouvement, du caractère, des émotions sans pour autant qu’elle n’ait de jambe ou de visage. Nous prenons souvent comme exemple le film Transformer, le robot  « bumblebee » parle en récupérant des morceaux de son de l’autoradio, ainsi il peut s’exprimer à travers les haut parleurs de la voiture (voir vidéo). Les autres Transformer parlent comme si ils avaient une bouche, des cordes vocales, etc, ce n’est pas très cohérent…

Le projet « Tumtumtree » de William Ngan, soit un pot de fleur qui se déplace en suivant les rayons du soleil à l’intérieur de la maison.

Le projet « Tumtumtree » de William Ngan, soit un pot de fleur qui se déplace en suivant les rayons du soleil à l’intérieur de la maison.

Vous-mêmes au sein d’IDSL, lorsque vous avez conçu les Kinetic Sculpture, cubes en papier connectés, votre volonté était-elle de s’échapper du canon humanoïde ?

ReaDIYmate est une start-up fondée par Marc Chareyron et Olivier Mével. ReaDIYmates sont des objets compagnons animés en papier Do-It-Yourself (à construire soi-même) qui se connectent au web et réagissent à votre activité sur internet (évolution de son profil Facebook, nouvelle publication d’un flux RSS, nouveau message électronique, etc). Pour enrichir la première famille de papertoys, nous avons travaillé sur un compagnon plus abstrait dont la richesse de mouvements puisse exprimer les changements d’états de la vie numérique (nouvel événement, activité etc…). Inspirés par une construction origami existante de 9 cubes, nous avons créé une sculpture papier cinétique qui peut s’ouvrir et se renfermer entre deux états refermés distincts, horizontal et vertical, mais aussi vivre dans des positions intermédiaires, tout en restant facile à construire soi-même.
Ces différents états, réactions et mouvements lui donnent un vocabulaire d’expressions riche qui lui confère une vie et une personnalité évoluant avec notre vie numérique (voir vidéo). Pour concevoir ce produit, nous avons travaillé en volume et en prototype dès le début du projet : nous avons programmé par exemple des comportements animés comme la respiration, l’émerveillement, l’énervement pour pouvoir se rendre compte des émotions qui peuvent être exprimées à travers cette sculpture.

On voit par ailleurs se développer le Design génératif, soit des robots, des logiciels qui sont capables de créer des formes ou des objets à partir d’informations. Vont-ils aider le designer dans son travail ou même le remplacer ?

Je suis moins apte à parler de ce domaine, il m’intéresse moins mais je comprends qu’il puisse y avoir une fascination de voir par exemple comment en bougeant simplement son corps devant un écran, on peut créer une forme en 3D, et en un simple clic, imprimer en 3D un objet réel. Il y a bien évidemment un côté magique et incroyable. Ces formes qui semblent aléatoires ne sont en réalité que le fruit de la programmation d’un informaticien, créateur du programme. Néanmoins, un comportement aléatoire (même programmé) peut permettre un effet de surprise pour l’usager. Par ce biais, la relation avec cet objet n’est plus uniquement d’ordre fonctionnelle. Le champs d’investigation est donc gigantesque entre objets inanimés intelligents et objets animés idiots…
Il est, pour conclure, urgent d’enseigner à nos enfants, dès l’école primaire, les logiques de programmation. Le numérique n’est pas une discipline à part entière ou un nouveau métier mais bien une nouvelle langue et une nouvelle matière à façonner…

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.