Design flash / « Toutes les entreprises devraient avoir des designers dans leurs équipes »

Article La Tribune Bordeaux, par Hélène Lerivrain  | 

Dominique Sciamma, le directeur de Strate École de design à Paris, interviendra dans le cadre de la Grande Jonction le 8 mars au Palais des congrès de Bordeaux, événement qui permet aux professionnels de l’économie classique et de l’économie numérique de se rencontrer. Son intervention portera sur les enjeux de l’innovation par le design.

Dominique Sciamma sera l’un des intervenants clés de la Grande Jonction le 8 mars à Bordeaux.

Dominique Sciamma, est le directeur de Strate École de design, qui accueille à Paris plus de 600 étudiants. (Crédits : Strate école de design)

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Celui qui est aujourd’hui directeur de Strate école de design, l’une des plus grandes écoles françaises de design, a mené une carrière éclectique dans le domaine des nouvelles technologies au sein d’entreprises nationales et internationales. Tour à tour chercheur en intelligence artificielle, développeur logiciel, directeur marketing, business développeur international, consultant stratégie, éditeur électronique, designer multimédia, et scénariste, il a rejoint l’école Strate en tant qu’enseignant en 2010 avant d’en prendre la direction en 2013. Son discours à Bordeaux portera sur « les enjeux de l’innovation par le design », une thématique qu’il affectionne tout particulièrement.

De quoi allez-vous précisément parler lors de la Grande Jonction ?

Avant de parler de design, je partirai simplement de ce constat : tout le monde est fasciné par la technologie mais personne ne se pose la question de savoir ce qu’on fait avec et au bénéfice de qui. Les personnes qui conçoivent des produits ne voient pas où sont les enjeux. Dans les effectifs de nombreuses entreprises, startups comprises, on retrouve des ingénieurs, des marketeurs mais pas de designers. C’est là que le bât blesse. Toutes les entreprises devraient avoir des designers dans leurs équipes.

Qu’apporte le designer au sein d’une entreprise ?

Ce qu’il faut retenir, c’est que le designer d’il y a 15 ans n’est plus le designer d’aujourd’hui. Avant, pour un chef d’entreprise, un designer était un professionnel qui faisait de jolies choses. C’était un spécialiste du graphisme, de la mise en page, de la forme, de la 3D. Le designer du XXIe siècle est celui qui va résoudre des problèmes et s’intéresser aux moyens d’améliorer les conditions de vie des citoyens. Il place l’utilisateur au centre de son travail. Un designer s’appuie aujourd’hui sur des expertises techniques (dessin, volume…), une approche pluridisciplinaire qui invoque à la fois les sciences humaines, le marketing, les sciences de l’ingénieur des matériaux et des processus et une approche méthodologique. C’est en ce sens que c’est le plus beau métier du monde (rires).

Il faut changer de modèle et tourner la page du règne de l’ingénieur ou du marketeur. Entre le projet de l’ingénieur qui est initialement de maîtriser les technologies pour résoudre des problèmes et celui du marketeur qui est d’identifier des besoins et d’inventer des offres correspondantes, le designer vient à la fois joindre et accomplir ces projets en renversant les points de vue et en les mettant au service de la qualité de vie de personnes. Le travail doit être collaboratif. Le designer n’est pas au centre de tout mais il est celui qui rappelle pourquoi on est là. Cette façon de penser est révolutionnaire, je le conçois.

Est-ce que votre analyse est aujourd’hui de plus en plus partagée ou est-ce que l’innovation par le design reste sous-estimée ?

Elle est encore sous-estimée mais les choses commencent à bouger, dans la formation notamment. Les écoles d’ingénieurs et de commerce s’intéressent de plus en plus au design. Des doubles diplômes apparaissent. Parallèlement, les jeunes sont de plus en plus entreprenants mais là encore, j’insiste, les startups qui fonctionnent sont celles qui travaillent avec un designer. Apple avait très bien compris l’enjeu. Aujourd’hui, en France, les entreprises s’y intéressent de plus en plus. Je pense en particulier à Decathlon, Carrefour, IBM, Devialet ou encore Ikea pour ne citer qu’eux. Les assurances et les banques créent également des départements de design. Le mouvement qui consiste à mettre l’utilisateur au centre des préoccupations est lancé. D’ailleurs, les étudiants qui sortent de notre école ne travaillent plus seulement dans le secteur de l’automobile par exemple. Ils occupent des métiers de plus en plus intéressants et intègrent aussi des entreprises de services.

Pour conclure, je dirais que le design aura triomphé quand les écoles de design prendront la place qu’occupent aujourd’hui les écoles de management et d’ingénieur, c’est-à-dire quand la question « pourquoi ? » remplacera les questions « combien ? » et « comment ? ». Strate École de design, créée en 1993, est née de l’idée que le design est un levier de développement stratégique des entreprises.

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