Design industriel : de nouveaux horizons pour les ingénieurs

Professeur agrégé de génie mécanique à l’Ecole des arts et métiers ParisTech de Talence, Pascal Le Roux, suit depuis des années, la percée progressive des notions design au sein des écoles d’ingénieurs.

Depuis quelques années, les fiefs de l’enseignement technique jouent la carte de l’ouverture pour former leurs ingénieurs à mieux maîtriser la démarche design et s’ouvrir à d’autres cultures.

 

« Désormais, dans l’industrie, on a intégré que la conception d’un nouveau produit passe par une conjonction de compétences, à la fois techniques mais aussi en marketing, en industrialisation, en vente… », indique Pascal Le Roux, professeur à l’Ensam, l’Ecole des arts et métiers ParisTech de Talence formant des ingénieurs en génie mécanique et génie industriel. « Depuis que le marketing a pris du poids et que le design a pénétré dans l’industrie, l’ingénieur, qui avant pouvait être le porteur unique d’un projet, a accepté de travailler avec d’autres personnes. La nécessité de le sensibiliser aux compétences complémentaires a donc été introduite à partir des  années 80 ».

Des options design dès les années 70

Pionnière, l’Université de technologie de Compiègne lançait ainsi dès les années 70 une option design auprès de ses élèves ingénieurs. Peu à peu le mouvement s’est généralisé, les  écoles d’ingénieurs sensibilisant désormais leurs élèves à la découverte des cultures des marketeurs et commerciaux. Parallèlement, les écoles de designers, auparavant plus axées sur la créativité et l’esthétique intègrent depuis peu des modules de recherches en processus industriel. Tout comme les écoles de management et de commerce qui dispensent désormais des savoirs liés à la culture de l’ingénieur. « L’objectif étant d’arriver à créer de la cohésion au sein d’une équipe et autour d’une démarche design, chacun sachant qui peut intervenir légitimement et, à quel niveau. C’est ce qui manquait le plus », indique Pascal Le Roux en pointant cependant « le danger sous-jacent que cette ouverture vers une culture plus générale se traduise par un allégement au final pour les ingénieurs de l’enseignement technique ».

Un chef de projet sachant se positionner sur la culture des autres

Dernière avancée de ce mouvement en marche : la création, il y un an, d’un diplôme d’ « ingénieur designer » issu d’une collaboration entre Arts et métiers ParisTech et l’Ecole nationale supérieure de création industrielle qui rassemble l’élite du design en France. Une nouvelle étape est franchie : grâce à cette formation, créée par ailleurs à la demande des élèves, les ingénieurs, déjà formés aux aspects techniques et au management d’un projet, apprendront à mieux développer leurs capacités créatives et acquérir un savoir sur l’approche « usager » du produit et sur les outils communicants. «Aujourd’hui dans les entreprises, la démarche design autour d’un produit reste encore trop aléatoire et trop chaotique » constate Pascal Le Roux. « Pour la rendre plus efficace, il faut davantage intégrer l’intervention d’une personne capable de gérer une stratégie globale avec tous les interlocuteurs pour assurer une cohérence et éviter que chacun reste enfermer dans la culture de son métier. Maintenant que les entreprises ont pris conscience de la nécessité de croiser les compétences, reste cette étape cruciale à franchir de se doter d’un chef de projet sachant se positionner sur la culture des autres ».

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

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