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Design, jeunesse et éditions : quelles évolutions ?

Marie-Claude Réau : « le livre jeunesse a suivi des dix dernières années des modes graphiques ».

En pleine mutation depuis une dizaine d’années, l’édition pour la jeunesse amorce une sortie de crise. Aux oubliettes les formats conventionnels et autres couvertures en carton ? Pas tout à fait. Tout en capitalisant sur ses succès, la profession élargit son offre en proposant désormais livres augmentés, albums Pop-up, ouvrages-objet hyper sophistiqués réalisés en plusieurs matières, etc. Explications de Marie-Claude Réau, responsable du secteur documentaire jeunesse (et de la BD jeunesse) chez Bayard Éditions et de Sandrine Revel, illustratrice et auteur de BD.

Selon le Syndicat national de l’édition, en 2012, la jeunesse qui représente 13,4 % des ventes de livres soit 354,3 millions d’euros a progressé de 3,5 % en valeur et de 4,0 % en volume par rapport à 2011. De « bons » chiffres qui s’expliquent notamment par la volonté d’un secteur à devancer les modes en multipliant les formats tout en s’appuyant sur les nouveaux usages de l’outil informatique par les enfants. « On essaye tout », commence Marie-Claude Réau, responsable du secteur documentaire jeunesse et de la BD jeunesse chez Bayard Éditions. « Le livre jeunesse étant, comme tout secteur en prise avec le monde, sujet à tendances, il a, ces dix dernières années, suivi des “modes graphiques » avec le développement de livres pop-up (qui se déplient en 3D), ou avec des flaps, des rabats…, d’objets livres hyper sophistiqués…, mais il  a suivi également des « modes éditoriales » comme par exemple celles des livres de questionnements (notamment philosophiques), des livres à remplir ou colorier sur tous sujets, ou des documentaires agrémentés de questions et de jeux… » En effet, les rayons des librairies voient défiler de nombreux livres « qui ne ressemblent plus à des livres » : des mallettes à fiches munies de poignées, agrémentés de scratchs, de puces sonores, d’étuis en PVC ; toutes sortes de coffrets avec des livre et des jeux ou des cartes…, des sagas comme le phénoménal Harry Potter ou encore d’ouvrages augmentés qui offrent des contenus supplémentaires via un logiciel à installer sur ordinateur. À ne pas confondre avec livre numérique « homothétique » ou e-book qui reproduit à l’identique l’information contenue dans le livre imprimé.

Édition et numérique, des incertitudes pour l’avenir

Même si l’économie de l’édition pour la jeunesse semble reprendre des couleurs « les formats qui nécessitent un développement informatique comme le livre augmenté représentent un énorme investissement pour l’éditeur et un prix supérieur à celui du papier pour le consommateur », précise Marie-Claude Réau, avant de poursuivre : « Des aspects économiques à prendre véritablement en compte, surtout lorsqu’on sait qu’il faut entre un à deux ans de travail pour un ouvrage qui ne reste parfois que 15 jours en librairie et que les tirages sur le documentaire ont baissé en moyenne de 10 à 20 % ces trois dernières années ».

Toujours expérimentaux donc, les livres enrichis ou augmentés s’inscrivent dans un contexte économique encore fragile. « J’ai participé récemment à une table ronde sur le documentaire pour le Salon du livre de Montreuil avec d’autres grands éditeurs jeunesse et aucun de nous n’a de vision à long terme. C’est du pas-à-pas prudent avec du réajustement permanent », conclut Marie-Claude Réau. Si des expérimentations et formes de lecture apparaissent, elles n’ont pour l’instant que peu d’impact sur la chaîne du livre papier.

Nouveaux supports, nouveaux dessins

Design, jeunesse et éditions : quelles évolutions ?

Sandrine Revel manie avec égale dextérité pinceaux, aquarelles et tablette graphique.

Sandrine Revel est illustratrice et auteure de BD. Diplômée en 1996 de L’École des beaux-arts de Bordeaux grâce à un programme multimédia interactif et lauréate du Prix jeunesse du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2001 pour « Diablo et Juliette » ou encore du Prix du meilleur album jeunesse de Montréal en 1999 avec « Un drôle d’ange gardien », elle manie avec égale dextérité pinceaux, aquarelles et tablette graphique.

Prospectivedesign-leblog : Vous êtes auteure de BD depuis presque 20 ans, comment avez-vous vu votre métier évoluer ?

Sandrine Revel : Désormais, lorsque je dessine, je pense toujours que mes contenus pourront être adaptés sur tablettes, ordinateurs, téléphones portables ou encore sous la forme de dessins animés. Ces supports, occasionnant de nouvelles contraintes, ont considérablement changé ma manière de travailler. D’une part, ils induisent une concentration réduite du lecteur, ce qui m’oblige à travailler des formats courts et d’autre part, l’illustration étant difficilement transposable, puisqu’elle supporte assez mal le zoom, je réduis mon trait, privilégiant l’abstrait au détail. Les outils ont également changé. Il n’est pas rare de passer du pinceau au stylet de la tablette graphique dans la même journée.

Design, jeunesse et éditions : quelles évolutions ?

Sandrine Revel prépare actuellement une BD sur la vie du pianiste Glenn Gould.

Prospectivedesign-leblog : La tablette graphique a-t-elle changé votre manière de dessiner ? Est-ce un outil facilitateur ou au contraire contraignant ?

Sandrine Revel : L’usage de tablette graphique ne favorise ni n’empêche mon travail, mais a indéniablement modifié mon dessin. Fini le crayonnage, terminé le pinceau qui achève les traits du crayon en aquarelle, place à la transparence et à la superposition des calques. Du coup, je peux tester plusieurs effets, couleurs, etc. Et il est alors parfois difficile de choisir.

Prospectivedesign-leblog : Vous présentez en 1996 pour votre diplôme national supérieur d’expression plastique, un programme avec des bornes interactives pour l’édition et dès 1997, vous créez pour Milan Presse, Mobiclic, la première d’une longue série de CD éducatifs interactifs. Pourquoi cet intérêt pour le multimédia ?

Sandrine Revel : Très jeune, je me suis passionnée pour l’informatique. J’ai d’ailleurs eu mon premier ordinateur pour mon quatorzième anniversaire, en 1984 ! Et puis très vite, j’ai acquis une tablette graphique et me suis orientée vers la BD non traditionnelle, assistée par ordinateur. Néanmoins ces outils ne m’empêchent pas pour autant de travailler la création manuelle pure, d’admirer et de m’inspirer d’auteur comme Chris Ware, dont l’œuvre suscite dans mon dessin questionnements et remises en question.

Claire Sémavoine pour Cap Sciences

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