Intelligence Design / Design au 21è siècle / « Ecodesign : peut mieux faire ! »

Gaël Guilloux, ingénieur en éco-conception, designer et Directeur du Design Lab CARE à l’école de design Nantes-Atlantique

Gaël Guilloux, ingénieur en éco-conception, designer et Directeur du Design Lab CARE à l’école de design Nantes-Atlantique

Encore timide, l’intégration de l’éco-conception dans une approche design, l’écodesign, pénètre peu à peu dans les réflexions stratégiques et d’innovation. Mais les obstacles restent nombreux à lever.

Le mot « écodesign » fait doucement son chemin. Un premier pas dont se réjouit Gaël Guilloux, sous sa triple casquette d’ingénieur en éco-conception, designer et directeur du Design Lab CARE à l’école de design Nantes-Atlantique (*). « On commence dans les entreprises à intégrer l’environnement appliqué au produit au même titre que la qualité ou la sécurité. Des outils de méthodologie et d’application se développent. Le tout sur fond de réglementations et normes environnementales qui se multiplient et obligent les entreprises à avancer. Pour autant, la complexité perçue sur la façon de bâtir une stratégie autour de l’éco-conception est toujours aussi forte ».

Fief de l’ingénierie environnemental

Dans le paysage actuel, l’éco-conception reste encore, en effet, bien souvent, un champ d’études aux mains de l’ingénierie environnementale, ce qui peut se traduire au bout d’un moment par des limites techniques en matière d’actions environnementales sur le produit. « En outre, à titre d’exemple, il ressort d’une étude que j’ai menée, que la diminution de la quantité d’aluminium de l’opercule ou l’épaisseur des plastiques d’un pot de yaourt, se traduit par une réduction moyenne de l’impact environnemental de seulement 5%. Alors que le fait de repenser l’ensemble des usages, des process, de la recyclabilité… etc., permet l’émergence d’une solution globale où cet impact environnemental baisse de 30% », indique Gaël Guilloux.

Certaines entreprises désireuses d’une image de naturalité ou de produits bio-artisanaux, peuvent, de plus, quelques fois aller à l’encontre même de l’objectif initial. « On peut ainsi voir des industriels remplacer des contenants en plastique par du carton plastifié, or ce dernier matériau, contrairement au plastique, n’est pas aussi bien recyclé. Il est primordial de ne pas considérer un seul critère, mais évaluer les impacts environnementaux d’une décision sur l’ensemble des  autres critères ».

Coût et difficulté de communication

La question du coût fait également obstacle. Bien souvent, les produits écodesignés, par exemple des chaussures en composants bio, vont entraîner un surcoût de l’objet. « Résultat, le projet s’arrête là », note Gaël Guilloux, qui pointe également des difficultés sur la communication sur ces produits. « On voit sortir des produits techniquement et environnementalement très aboutis, mais au final, les usagers ne connaissent pas vraiment ces performances et boudent le produit. De plus en plus d’entreprises produisent sur la base du volontariat, des Profils Environnement  Produits. Mais ces fiches techniques sont compliquées et peu lues par les consommateurs, voire ne servent parfois même pas au sein des entreprises ».

L’éco-conception dépend d’un écosystème

Pour Gaël Guilloux, l’une des premières clés de l’éco-conception se joue en effet en interne. « L’éco-conception dépend de l’écosystème dans lequel on se trouve. Avant même le lancement d’un nouveau produit, la mobilisation préalable de tous les services d’une entreprise sur ces questions, me paraît essentielle. Cela permet notamment aux projets d’éco-conception qu’ils ne soient plus vécus comme une contrainte en plus, mais intégrés au quotidien ».

De même, une prise en compte plus forte des attentes des usagers lui paraît cruciale. « On peut parfois avoir une opinion fausse des habitudes et des opinions des consommateurs. A travers une réflexion et une étude que j’ai menées avec l’ADEME (et des experts partenaires), nous avons pu constater que les messages actuels des collectivités sur les bons gestes de tris des déchets ne touchent finalement que des personnes déjà sensibilisées à ces questions. La question du tri est en réalité très vaste.
Elle intègre des critères de supports (type de poubelles)
, de santé, d’hygiène, de lieux où l’on met la poubelle…C’est en ayant cette vision globale (comprenant l’espace, le service, les produits supports et la communication graphique) et intégrant une complexité de limites et d’opportunités, qu’un designer peut développer des dispositifs de tri et de collecte innovants».

L’importance d’une démarche globale

Peu utilisés par les designers, des outils et méthodes d’écodesign existent pourtant. « Ils permettent justement d’apporter par le travail du designer une approche globale, un travail basé sur une veille des réglementations sociales et environnementales, des données économiques, une grille de lecture sociétale et sur les produits existants, de l’observation de terrain (issus des protocoles d’observation anthropologiques et sociologiques des usagers)…Autant de données, qui ne sont pas juste compilées, mais qui sont sources de créativité et d’innovation, qui permettent une vraie valeur ajoutée en termes d’ergonomie, de fonctionnalités ajoutées, d’usage… ; et de ce fait, génère de la part des usagers une réélle adhésion » estime Gaël Guilloux.

(*) Gaël Guilloux est auteur d’une thèse sur « Écodesign, du contexte au produit : Contribution méthodologique à l’intégration de l’environnement dans les métiers du design industriel » (2009).

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

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Une réflexion au sujet de « Intelligence Design / Design au 21è siècle / « Ecodesign : peut mieux faire ! » »

  1. Cela fait longtemps que l’éco design est entré dans les filières Action Sports (surf/skate/snowboard…) et Outdoor (randonnée, escalade, alpinisme…) et ça marche !

    C’est souvent compliqué d’expliquer TOUTE la démarche d’éco conception et l’expérimentation d’affichage environnemental est parfaite pour compliquer les choses!

    En général dans nos industries c’est un seul aspect qui est valorisé (« sans PFOA », « 100% matériau recyclé », « 100% issus de ressources naturelles locales »…) car sinon on perd les consommateurs!

    Les entreprises ont beaucoup tenté de choses sans retour des clients, la faute notamment aux études de consommateurs de certaines agences qui disaient il y a 8 ans « les clients sont prêts à acheter 20% plus chers les produits éco conçus ». Des questions souvent mal posées avec des conclusions faussées..

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