Intelligence Design / Design & Enfance / « Alimentation infantile et design : l’industrie s’adapte en innovant »

Après de longues années de croissance soutenue et régulière, le marché de la nutrition infantile présente aujourd’hui les signes d’un ralentissement sans précédent. Confrontés à une crise économique, mais également alimentaire, les parents effectuent des arbitrages de consommation. Comment répondre aux nouveaux besoins d’une maman ou d’un papa pressé qui souhaite offrir une alimentation saine et économique à son enfant et pour qui le repas demeure un moment privilégié ?

Enfance et alimentation : les changements de consommation forcent les industriels à innover

Frédéric Ventre, fondateur de Yooji.

« Des aliments bio et surgelés en portions pour les bébés et les parents d’aujourd’hui », le slogan de Yooji qui cuisine et commercialise des aliments de diversification alimentaire depuis Agen en Aquitaine colle parfaitement à l’air du temps. « La proposition de Yooji part d’un constat, il n’y a pas de surgelés pour les bébés », commence Frederic Ventre, son fondateur.

« Qui dit surgelé dit absence d’agents conservateurs, et nous savons que les parents sont très sensibles à la composition des aliments qu’ils proposent à leur enfant », poursuit-il. « De plus, les petites quantités proposées sous la forme de galets répondent aux nouveaux usages des consommateurs qui évitent de gaspiller. »

Enfance et alimentation : les changements de consommation forcent les industriels à innover

Valérie-Ines de la Ville, directrice du Centre européen des produits de l’enfant.

En effet, malgré une conjoncture économique française défavorable qui affaiblit le marché de la nutrition infantile estimé à 1,2 Md€ en 2012 après une baisse de 4 % en 2012 puis de 2 % en 2013 selon les prévisions*, les parents privilégient désormais l’authenticité, le naturel et le goût des produits tout en continuant d’approuver le côté pratique et un bon rapport qualité-prix.

De nombreux critères d’ailleurs confirmés par Valérie-Ines de la Ville, directrice du Centre européen des produits de l’enfant : « La France résiste aux tendances alimentaires mondiales. La journée d’un Français se compose de trois repas pris assis, synonymes de convivialité et de plaisir gustatif. Pour le parent pressé, parfois seul, et plus particulièrement la maman, appelée “Gatekeeper” (qui choisit les aliments présents au sein du foyer), pas question de remettre en cause ce moment et de le transformer en pugilat », remarque la docteure en sciences de gestion.

« Les enfants ont des goûts stricts »

« Portion adaptée, plaisir, goût, texture, qualité, autonomie de la prise alimentaire et sociabilisation de l’enfant en structure grâce à des packagings adaptés, etc. Les préoccupations d’une maman qui a besoin d’être accompagnée et rassurée sont nombreuses », relève l’auteure de « L’enfant consommateur : variations interdisciplinaires sur l’enfant et le marché ».

Enfance et alimentation : les changements de consommation forcent les industriels à innover

Patricia Vignoboul du laboratoire d’analyse sensorielle Agrotec.

Satisfaire le parent et sa progéniture, une mission loin d’être facile pour les fabricants. D’autant que « les enfants n’ont pas d’avis nuancés et sont très stricts dans leurs goûts », prévient Patricia Vignoboul du laboratoire d’analyse sensorielle Agrotec qui effectue pour des industriels, des tests à l’aveugle de produits sur les consommateurs.

Un constat partagé par la food-designer Magali Wehrung qui, en appliquant sa méthode de travail de designer à l’alimentation, invente lors d’ateliers pédagogiques, des scénographies culinaires pour raconter les aliments et leurs origines.

Enfance et alimentation : les changements de consommation forcent les industriels à innover

La food-designer Magali Wehrung.

« Découverte des fruits et légumes en les touchant, les sentant, les dessinant, comprendre la saisonnalité, puis réaliser des recettes pour les partager ensemble… Malgré les réticences presque automatiques de départ, les enfants changent d’attitude dès qu’ils sont dans l’expérience. Leur participation déclenche chez eux curiosité et plaisir de découvrir des aliments qu’ils ne connaissaient pas quelques minutes auparavant. »

*Rapport Deloitte juin 2013.

Claire Sémavoine pour Cap Sciences

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