Intelligence Design / Design au 21è siècle / « FabLabs : déferlements de gadgets ou nouvelle économie ? »

prospectivedesign-fablabsArrivés en France vers 2010, les FabLabs, ces ateliers de production offrent la possibilité à tout un chacun de fabriquer, réparer ou inventer divers objets. Le XXIe siècle sera-t-il l’ère de l’autoproduction et de l’auto-design ? Mettre à la portée de tous, dans un espace communautaire, des outils en tout genre : du marteau à la perceuse jusqu’à l’imprimante 3 D, la machine de découpe laser, la fraiseuse à haute résolution… Tel est le principe des FabLabs (Fabrication Laboratory) qui ont a vu le jour depuis 2002 sur l’initiative de Neil Gershenfeld, professeur du Massachussetts Institute of Technology (MIT). Dans ces ateliers de bricolage du XXIe siècle, on y apprend à faire par soi-même, réaliser l’étagère adaptée à sa cuisine, réparer son lave-vaisselle, concevoir son propre vélo électrique… De par le monde, la recette a pris et les FabLabs se multiplient. En France, le mouvement, encore marginal, n’a démarré que vers 2010. « Il n’en soulève pas moins de multiples questions. Seront-ils les incubateurs du XXIe siècle ? Des lieux d’apprentissage ? En quoi transforme-t-il l’industrie ? C’est quoi un objet ouvert ? Quelles seront les frontières d‘un objet demain » liste Véronique Routin, directrice du développement de la FING (Fondation Internet nouvelle Génération) et chercheuse pour l’ENSCI (*).

partage et émancipation individuelle avant tout

Force est de constater que les FabLabs, pour l’heure, sur notre territoire, sont plus particulièrement aux mains des amateurs, loin encore d’une production engendrant du profit. Ces lieux émergent et ils sont d’ailleurs essentiellement portés par les institutions publiques, les universités, les écoles et centres culturels… « La philosophie de départ de ce mouvement étant que chacun puisse s’engager, apprendre, réparer, s’approprier l’objet avec l’idée d’une émancipation de la personne », note Véronique Routin. Il est vrai qu’on peut voir certaines personnes participant aux FabLabs qui mettent en vente des objets sur des plateformes tels qu’Etsy, « mais ils ne montent pas pour autant des start-up ». Cependant, certains commencent à flirter avec l’autoproduction mais essentiellement sur des marchés de niches jugés « non-rentables ». « Le FabLab de Rennes par exemple a fait un travail intéressant en partenariat avec des usagers, des ingénieurs et des designers, sur un besoin spécifique, la fabrication de prothèses de main et bras, marché trop petit qui n’intéresse pas les industriels. Dans ce cas, les FabLabs donnent la capacité aux usagers de s’emparer d’un domaine ». Les architectes, aussi, prisant la possibilité offerte par ce « sur-mesure », surfent sur cette démocratisation d’accès aux outils numériques de fabrication.

Les entreprises dans la course

Et depuis peu, le monde de l’entreprise, y regarde de plus près sur ces fameux FabLabs. « Beaucoup de sociétés dans le monde se disent « il faut que je sorte la killer application » et les FabLabs peuvent être des outils pour aller plus vite et innover. Ils sont conscients que l’intérêt des FabLabs réside justement dans cette notion d’équipes pluridisciplinaires, de croisements de compétences et d’ouverture. Ils permettent d’associer plus de salariés, d’aller proposer non plus une simple idée à sa direction mais un premier prototype désormais facilement réalisable et d’introduire au final des méthodes plus agiles dans l’entreprise ». Des sociétés telles que Renault, Leroy Merlin, La Poste, Air Liquide… ont d’ores et déjà sauté le pas. Et signe des temps : la ministre déléguée à l’économie numérique, a lancé un appel à projet pour la création d’une dizaine de ces ateliers de fabrication numérique.

Des frontières plus poreuses

Bien loin de penser que tout un chacun peut se transformer en designer, Véronique Routin estime cependant qu’à travers ce mouvement des FabLabs, les frontières entre les métiers peuvent être désormais plus poreuses. « Des pistes sont ouvertes sur les questions d’objets non-finis, transposables, réparables, recyclables et personnalisables par l’usager. Des pistes que les designers, eux-mêmes, peuvent investir ».

 

(*) Depuis 2009, à travers la Fing, Véronique Routin s’intéresse aux usages et pratiques innovantes dans le secteur du numérique et plus spécifiquement les FabLabs. Elle mène actuellement un mémoire sur la construction des savoirs et la construction de soi au collège et quelle(s) place(s) pour le design, dans le cadre du Mastere Innovation by design à l’ENSCI-Les ateliers.

A lire : Synthèse de l’expédition « Refaire », menée en 2012-2013, qui associait la Fing, Nod-a et Nodesign, sur  l’avenir de la conception et de la fabrication numérique, abordé sous l’angle de sa démocratisation, de son ouverture aux amateurs, bricoleurs, étudiants, petits entrepreneurs ou innovateurs sociaux. http://fing.org/IMG/pdf/FicheSyntheseExpeditionReFaire.pdf

A suivre : FabLabs : Des designers sur la sellette ? (2) avec l’interview de Camille Bosqué.

 

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

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