Greenboat ou la métamorphose d’une icône

Vue artistique du Greenboat achevé

À Gujan Mestras l’entreprise de construction navale Dubourdieu met la dernière main à son Greenboat : une navette à passager éco-conçue qui devrait transformer le paysage du bassin d’Arcachon et sensiblement améliorer le confort des ballades en mer.

Pourquoi faut-il que les navires à passagers soient si laids ? « C’est un de mes clients qui m’a mis la question dans la tête. » se souvient Emmanuel Martin, directeur du chantier naval Dubourdieu, célèbres pour les pinasses, « véritables icônes du bassin d’Arcachon », qu’il construit depuis plus d’un siècle.

Persistante, l’interrogation accouche peu à peu d’un projet : réaliser une navette élégante, ancrée dans la tradition nautique du Bassin, pour répondre tant aux aspirations nouvelles du public qu’aux attentes des collectivités locales. En plus d’être beau le bateau sera confortable, accessible aux personnes à mobilité réduite et éco-conçu. Son nom ? Le Greenboat.

Vers le vert

« Je n’imaginais pas faire un bateau 100% vert, ce qui est impossible aujourd’hui, mais je voulais aller aussi loin que possible dans cette direction. » La motorisation sera donc hybride, le revêtement de la coque réalisé avec des fibres de lin et deux tiers de résine d’origine végétale, le bois exotique remplacé par du bois local.

Pour le bois, l’implication de Gérard Vierge, coordinateur du projet Above impulsé par le pôle de compétivité Xylofutur et impliquant une dizaine d’entreprises, a été déterminante. Le chêne du pont, le pin maritime utilisé pour la structure et le contreplaqué de la coque viennent des forêts d’Aquitaine. L’habitacle utilisera les procédés d’aboutage, de compression et de pliage en bois vert, très économe en énergie et en matériau, développés autour des technique Above « Un projet passionnant, juge GérardVierge, qui nous permet d’éprouver nos techniques et de les faire l’homologuer dans de nouveaux secteurs d’activité»

Emmanuel Martin devant le Greenboat en construction

La place du design

Le principal écueil aura finalement été celui de la réglementation plus que tatillonne du transport de passagers. Si le Greenboat démontre qu’un empilement de contrainte peut être fécond, il interroge aussi la place du designer  dans une PME où le chef d’entreprise maîtrise déjà la plupart des composantes du métier : remise en question des modèles existants, recherche du sens à partir de l’identité, évaluation des potentialités du marché, prise en compte des clients et de leurs usagers, communication…

Pour Emmanuel Martin «  le designer est là pour pousser les extrêmes » mais aussi pour mettre en forme les idées de son commanditaire, « je ne sais pas dessiner. » regrette-t-il. C’est donc Vincent Duchatelet, déjà associé à la conception de modèles de pinasse innovants, qui sera choisi pour le projet Greenboat.

Plus tard, lorsque la Cub commande une navette fluviale pour la Garonne le chef d’entreprise se tourne vers un cabinet marseillais dont les réalisations se rapprochent du catamaran futuriste qu’il a en tête : « Il m’a semblé intéressant de mettre la dimension patrimoniale de côté pour dialoguer avec la partie high tech d’une ville en pleine mutation.» Cerise sur le bateau, Philippe Starck, client de l’entreprise gujanaise, a bien voulu poser un regard amical sur les esquisses. On ne prête qu’aux riches.

Donatien Garnier, journaliste Cap Sciences

 

 

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