« Il ne faut pas hésiter à utiliser les medias comme internet »

Le designer John Nouanesing étudie actuellement des projets avec une entreprise italienne, une thaïe et deux sociétés du Sud-Ouest de la France sur du mobilier et des objets divers.

Agé de 28 ans, diplômé de l’Ecole Internationale de Design (EID-Euromed) de Toulon, John Nouanesing, installé aujourd’hui au Pays basque, a acquis sa notoriété sur la toile avec ses objets ludiques et décalés.

 

Est-ce difficile, lorsqu’on se lance comme designer, de trouver un éditeur?

Il y a quelques années, à la sortie de mes études, j’ai tenté de démarcher des sociétés d’édition en leur envoyant des projets. Je n’ai jamais eu de réponse. Avec le recul, je réalise que ces projets étaient finalement assez faibles au niveau de l’intérêt conceptuel. Mais il arrive que des jeunes diplômés, ou même encore étudiants, issus de grandes écoles comme l’ENSCI suscitent l’intérêt de maisons d’édition ou de galeries à travers leurs recherches scolaires. Certaines galeries, en effet, se présentent comme un espace expérimental et de découverte. Elles proposent des objets souvent en édition limitée où le concept est très intéressant et novateur. De ce fait, les galeristes exposent davantage une idée ou une vision conceptuelles plutôt qu’un véritable produit de consommation industriel.

Comment dès lors, avez-vous fait pour faire connaître vos créations et accéder à des marchés ?

Pour ma part, j’avais posté, il y a plusieurs années, une image d’un projet scolaire « One two three for five Seconds » sur Coroflot.com. Takashi Yamada du site Yankodesign.com l’avait remarquée et m’avait simplement demandé quelques images afin de les publier sur son blog avec un lien vers mon site internet. Tout est parti de là. Ca a été une chance pour moi, puis d’autres publications ont suivi dans la presse numérique et papier avec d’autres objets comme la table Love Me et Stereovision entre autres. Et c’est grâce à cela que j’ai eu mes premiers clients. Il existe aussi de nombreux concours de design où les premiers prix gagnent une grande visibilité dans la presse spécialisée, et parfois même la fabrication voire l’édition des projets.

John Nouanesing a été remarqué sur la toile à travers sa création «  »One Two Three For Five Seconds ».

Montrer ses créations sur la toile peut ainsi, selon vous, représenter une solution ? 

Oui, je crois qu’il ne faut pas hésiter à utiliser les medias comme internet. Aujourd’hui, il me semble quasiment indispensable d’avoir son propre site ou espace internet pour y présenter ses créations. Ensuite les jeunes designers peuvent se donner un coup de pouce en exposant leurs projets sur des sites de portfolios en ligne comme Coroflot par exemple. Même Facebook ou Pinterest peuvent être utiles. Certains blogueurs y jettent un coup d’œil régulièrement afin de dénicher des projets intéressants pour leurs articles. Il est même possible de proposer des images de ses propres projets directement à ces blogs ou à des sites spécialisées dans le design comme dezeen ou trendsnow.

Est-ce que cela permet une plus grande liberté de création et d’innovation ?

La table Love Me, créée par John Nouanesing, actuellement en phase d’étude de production.

Il est possible que lorsqu’on vient me démarcher, c’est probablement pour l’univers de mon travail.
Ainsi, la plupart du temps, les gens me demandent des produits dans le travail prospectif déjà effectué et visible sur mon site internet. Dans cette démarche prospective, où je travaille complètement pour le plaisir et sans contrainte, les idées viennent naturellement. C’est très facile, je sais où je veux aller et je sais quelle histoire je souhaite raconter. Cela a été le cas avec la table Love Me où, avant de créer une table, j’ai avant tout voulu faire un objet libre qui parle d’amour.

Est-ce différent, lorsque vous travaillez avec un client sur une demande de création nouvelle ? 

Oui, je travaille différemment. Il y a alors une phase de recherche et de développement comme dans la plupart des agences de design. C’est une méthode enseignée à l’école qui fonctionne. Dans ces conditions, j’essaie de garder ma sensibilité dans le projet, mais il faut avant tout aller chercher un concept et provoquer l’idée. Dans cette démarche, il y a beaucoup de travail afin de faire correspondre un univers qui m’est propre avec les souhaits du client. C’est une démarche plus rationnelle que la voie prospective où l’on est complètement libre. Ainsi, lors d’un workshop avec la marque Ballantine’s, j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois avant de trouver un concept visant à moderniser la façon de déguster le whisky 12 ans d’âge. Dans ce projet, le consommateur n’est plus assis dans un canapé mais sur un accoudoir dans une position assis-debout favorisant un déplacement dans l’espace et un partage, plutôt qu’une dégustation figée.

Pour la fin de l’année, vous souhaitez, avec des amis, vous essayer à l’auto-édition sur des objets de décoration comme des miroirs ou des vases. L’auto-édition vous paraît-elle être une solution pour accéder à des marchés ?

Dans la mesure ou les maisons d’édition sont assez sélectives, cela peut aider à se lancer avec des petites séries d’objets. Cependant, il faut bien prendre conscience de son projet, et ne pas hésiter à en parler. En effet, beaucoup font l’erreur de garder leurs projets secrets par peur de se faire voler ses idées. Avoir plusieurs avis permet de se lancer dans les bonnes directions, ou en tout cas, ne pas partir dans les mauvaises.
Par ailleurs, l’auto-édition veut que l’on soit bien entourée, avec des personnes ayant des compétences dans chaque étape du projet, notamment la création, le financement, la production, la communication, la commercialisation.. etc. Tout cela prend du temps et dans l’auto-édition, le temps passé à chaque étape est du temps en moins à la création. D’ailleurs, c’est pour cela que les maisons d’édition existent car à chaque étape d’un projet correspond un métier à part entière. Les produits issus de l’auto-édition restent à ma connaissance, et la plupart du temps, assez confidentiels.

Le porte-manteaux « Hello &Goodbye » de John Nouanesing, produit en auto-édition.

 

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.