La place du vintage dans le foisonnement du neuf

Publié jeudi 13 décembre 2012 à 15h47

Anne Beyaert-Geslin est sémioticienne à l’Université de Bordeaux 3. Elle est intervenue au cours de la première table ronde des Escales du Design autour de la notion de vintage et de son rapport à l’objet neuf. Explications.

« La sémiotique c’est l’étude des méthodes de signification, il s’agit de définir un mot en fonction de son environnement » explique Anne Beyaert-Geslin, professeur à l’Université Bordeaux 3. À l’occasion de la table ronde Designer et subjectivation – critique politique du neuf, elle déplie les usages de l’objet vintage dans notre monde moderne.

Anne Beyaert-Geslin : « Actuellement l’objet vintage rentre en concurrence et dépasse même en valeur l’objet neuf »

« Actuellement, l’objet vintage rentre en concurrence et dépasse même en valeur l’objet neuf, affirme l’enseignante. Cet accessoire remis au goût du jour, comme le définit le dictionnaire, est devenu en réalité bien plus qu’un objet de seconde main, c’est aujourd’hui un moyen d’assurer la promotion du sujet ». Effectivement, le consommateur qui se prévaut de posséder un objet vintage acquiert une aura de bon goût et de distinction. La chercheuse épingle au passage que cette « mode » vintage peut aussi permettre de rendre la vie plus supportable en temps de crise puisque le consommateur ne subit pas le fait de ne pas être le premier utilisateur.

La notion de temps est très importante pour définir l’objet vintage « Mon ensemble de l’an dernier, qui est depuis passé de mode, mais n’est pas encore un objet vintage. Une commode Napoléon III non plus. C’est pour ça que je situe plutôt cette notion dans la deuxième moitié du 20ème siècle. C’est l’inconnu illustre qui incarne une bulle du passé ».

Brocanteurs et antiquaires vont alors développer une syntaxe de l’objet vintage par souci de normalisation et de référencement. On situe l’objet vintage par rapport à un créateur, un auteur, une date, un lieu ou un collectionneur. Cet objet n’existe donc plus par lui-même, mais par l’histoire qu’il incarne en laissant la part belle à l’imagination de l’acheteur… qui a son tour continue d’écrire cette histoire. C’est là qu’il prend l’ascendant sur l’objet neuf.

La réflexion d’Anne Beyaert-Geslin s’attarde sur d’autres termes, elle a notamment publié en novembre dernier aux éditions PUF La sémiotique du design où la chaise est envisagée dans son espace. « La chaise à une toute autre dimension artistique que la sculpture par exemple, et pourtant elle est organisée dans un espace : elle accompagne l’objet lourd, la table, et participe à la scénographie de la maison qui répond à de nombreuses normes ».

Elsa Dorey, journaliste Cap Sciences

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