L’avenir ? Des sièges personnalisés et modulables

« Quand l’ergonomie et la fonctionnalité ne sont pas prises en compte, ce n’est pas du design, c’est du stylisme », s’emporte Gérard Laizé, directeur de VIA. (©Copyright : Jean-Brice Lemal)

Dans une société qualifiée  « de la décontraction », en quête de confort, Gérard Laizé, auteur de Confort(s) : Génération vautrée déplore le manque de réactivité des fabricants pour créer de nouveaux fauteuils plus adaptés aux évolutions posturales et comportementales.

 

Ils s’allongent sur leurs lits pour consulter leurs ordinateurs, adorent s’affaler dans des tonnes de cousins, jouent les guimauves sur les sofas, transforment les tables basses en repose pied…Les jeunes, outre qu’ils sont assis 4 heures de plus par jour que les générations précédentes, témoignent d’un souci exacerbé du confort et d’une vraie nonchalance posturale. Ce phénomène, Gérard Laizé, directeur général de VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement) l’a identifié, au milieu des années 2000. Dans son ouvrage  Confort(s) : La génération vautrée (Editions VIA / 2005-collaboration avec François Bellanger), il décrit ainsi les évolutions touchant ces adolescents nés à partir des années 80, soit « cette génération accédant à une liberté de penser et de comportement », « ces grands poireaux nourris aux cocktails vitaminés », qui forcement, vu leur taille, ne se comportent plus de la même façon que les générations précédentes. Et ce, sur fond de déferlante des nouvelles technologies qui a conduit à une prédominance de la position assise tant dans le cadre du travail que des loisirs. Huit ans après cette analyse, Gérard Laizé aujourd’hui persiste. Pour lui, non seulement cette tendance, soit ce souci du confort et ces nouvelles postures décontractées, se confirme. « On voit même qu’elle s’amplifie chez les jeunes d’ailleurs comme dans les autres générations. Il y a un effet boule de neige. On ne peut remettre les gens dans des carcans ». De quoi, selon lui, révolutionner les principes ergonomiques et le design du mobilier actuel.

Des fabricants peu réactifs

« Je suis cependant effrayé de constater le manque de réactivité des fabricants alors que toutes les analyses pointent ce phénomène depuis des années. Il n’y a qu’à voir le succès des fauteuils sacs à billes qui est la preuve d’une réelle attente de ce type de mobilier». Certains pays, notamment scandinaves, ont malgré tout une longueur d’avance, en proposant des sièges avec repose pied, des tables de bureau réglables en hauteur… « Mais on reste campé sur une ergonomie médicale un peu rébarbative », commente Gérard Laizé. Ce dernier admet cependant des évolutions dans la literie, « secteur qui a le plus travaillé » en proposant des lits plus larges, aux qualités de matelas variées, relevables et transformables en siège de relaxation, des surmatelas…. « On trouve aussi un mobilier adapté aux enfants ou aux personnes âgées, mais, à dire vrai, ces questions ergonomiques, pour toutes les autres catégories de population, on n’en tient pas compte ».

Il s’étonne de même que les sièges actuels de bureau ne permettent pas d’atteindre une position d’angle à 120 degrés, « alors qu’on voit spontanément, que pour se détendre ou même passer un appel téléphonique sur son portable, les gens basculent en arrière sur leurs sièges de bureau, mettent leur pieds sur les tiroirs du haut et adoptent naturellement cette posture idéale de détente ». Même les designers sont mis sur la sellette. « Nombre de sièges de designers sont inconfortables. Quand l’ergonomie et la fonctionnalité ne sont pas prises en compte, ce n’est pas du design, c’est du stylisme », s’emporte Gérard Laizé.

Vers une nouvelle génération d’assise

Bien que déplorant le peu d’audace des fabricants, Gérard Laizé voit pourtant, dans ces tendances sociétales, des possibilités d’ouvrir de nouveaux marchés. « L’avenir sera sans doute à des objets plus personnalisés, modulables et adaptés à la morphologie et aux comportements de chacun. Ce n’est pas normal d’avoir le même siège pour un couple dont l’un mesure 1m65 et l’autre 1m90 ». On peut imaginer, dans le futur, disposer ainsi de sièges modulables en trois tailles, de fauteuils dotés de têtières réglables et d’assises de différentes profondeurs sur par exemple un canapé collectif ou offrant une amplitude formelle notamment pour ces jeunes, certes de plus en plus assis, mais néanmoins actifs et bougeant sans cesse dans cette position….

« Le problème actuellement est que ces mécanismes, en ferraille, permettant ces options dimensionnelles, entraînent des contraintes de poids et de volumes, et, trop associés à une image médicale ou de lourdeur, freinent l’adhésion des jeunes générations. Nous travaillons ainsi actuellement à breveter des fauteuils dotés d’un mécanisme élaboré à partir de matériaux issus de l‘aérospatial et de l’aéronautique, soit des alliages fins et légers, des revêtements tels que de la mousse à mémoire, du silicone… », indique le directeur de VIA. « Il faut créer une nouvelle génération d’assise, un mobilier qui soit le prolongement du corps. Quand un objet va dans le sens du comportement naturel, l’adhésion se fait à GV (grande vitesse…) ».

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

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