Intelligence Design / Design & Enfance / « Les enfants handicapés auront-ils leurs propres tablettes numériques ? »

L'interface numérique conçue par les cogniticiens d

L’interface numérique conçue par les cogniticiens de l’ENSC de Bordeaux.

Depuis près d’un an, des chercheurs de l’Ecole nationale supérieure de cognitique de Bordeaux, planchent sur la conception d’outils numériques d’aide à l’apprentissage à destination des enfants polyhandicapés. Une recherche qui touche à la conception dite en milieu extrême et aux confins du design universel.

 

Être au plus proche de l’utilisateur et prendre en compte les facteurs humains dès l’amont d’un projet : telle est la conception de base des cogniticiens. Ces chercheurs, pros de l’interface homme-machine, qui mêlent des savoirs en psychologie, neurosciences, et informatique. Ainsi, depuis mai 2013, des chercheurs de l’ENSC de Bordeaux sont au contact direct d’une quinzaine de jeunes, âgées de 7 à 13 ans, et souffrant de troubles importants aussi bien sensoriels, moteurs que cognitifs. Ils ont été contactés en effet par l’Etablissement Régional d’Enseignement Adapté d’Eysines, qui accueille des jeunes handicapés de la maternelle au lycée, afin d’adapter à ce public, dans un cadre scolaire, un outil numérique d’apprentissage. « Parmi les associations du secteur du handicap, la demande d’outils numériques spécifiques est forte. Peu de choses existent. Or, les enfants handicapés se retrouvent, comme nous, baignés dans un environnement numérique. Il est faux de croire que la technologie ne peut être introduite pour ce public », explique Véronique Lespinet-Najib, maître de conférence en psychologie à l’ENSC, chargée de cette recherche avec Amélie Roche, doctorante au sein de l’équipe Cognitique et ingénierie humaine du laboratoire IMS (UMR CNRS) de Bordeaux.

Un Ipad doté de trackball et paille interactive

Actuellement, un premier prototype est en phase de test auprès des élèves pour suivre des activités d’apprentissage de la lecture. Qu’a-t-il donc de spécifique ? Le choix s’est porté sur un Ipad facilement transportable par l’élève de classe en classe doté d’un grand écran pour s’adapter aux éventuels problèmes de vision des enfants et surtout de multiples commandes vocales, tactiles ou physiques permettant à l’enfant de « valider ». Cet outil numérique dispose ainsi de clavier physique et tactile, de trackBall (boule de commande utilisée notamment dans les jeux vidéos) et même d’un système d’interaction par le souffle à l’aide d’une paille.

Véronique Lespinet-Najib, maître de conférence en psychologie à ENSC : "Toute la toute la difficulté est d’adapter un outil à des troubles très différents tant physiques que cognitifs".

Véronique Lespinet-Najib, maître de conférence en psychologie à ENSC : « Toute la difficulté est d’adapter un outil à des troubles très différents tant physiques que cognitifs ».

« Nous avons cherché à répondre en effet à différentes contraintes- toute la difficulté étant d’adapter un outil à des troubles très différents tant physiques que cognitifs- », commente Véronique Lespinet-Najib. « Sur le contenu même, les exercices nous ayant été fournis par l’institutrice, l’idée a été de faire en sorte qu’une même information soit présentée de façon différentes afin que l’enfant suivant ses besoins, puisse obtenir par exemple facilement une image, un son ou une écriture à partir d’un mot évoqué dans la leçon. Il devient acteur de sa pédagogie et peut de lui-même personnaliser l’enseignement en fonction de son handicap, ce qui peut lui éviter de décrocher ». De même, l’interface a été conçue pour que l’instituteur lui-même puisse intégrer facilement de nouveaux exercices.

Des avancées transposables à un plus large public

Les premiers résultats montrent une « prise en main facile et intuitive de l’outil ». Les tests et adaptations se poursuivront jusqu’à la fin de l’année. Ayant répondu à un appel d’offres pour obtenir une aide financière de la FIRAH, l’équipe de chercheurs espère avec l’aide de deux start-up (IUserLab et StreetLab) donner une plus grande ampleur à cet outil, d’autant que, précise Véronique Lespinet-Najib «  nous projetons de transposer cet outil, en collaboration avec des Ephad, auprès d’un public de personnes âgées ».

Cette recherche appliquée aboutira en parallèle à une recherche plus fondamentale sur une formalisation de la démarche (processus, étapes, méthodes, outils…) de conception dans des conditions extrêmes. « On entend par conditions extrêmes la prise en compte des besoins d’un public spécifique, comme dans notre cas, de personnes souffrant de fortes déficiences. Généralement, la conception s’intéresse aux 90% de la population et peu aux minorités. Pourtant, partir de ces contraintes maximales permet d’aboutir à ce qu’on appelle du design universel très développé aux Etats-Unis, au Japon, au Canada mais très peu en France » ajoute Véronique Lespinet-Najib. « Il se base sur le principe que si l’on a réussi à trouver des solutions en partant de conditions extrêmes, celles-ci peuvent être adoptées par tout type de public et constituer un progrès bénéficiant à l’ensemble de la population. Cela a été démontré à maintes reprises ».

 

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

 

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.