Les ETI : fer de lance du design ?

Les ETI ? Ce sont les Entreprises de Taille Intermédiaire, soit ces sociétés employant plus de 250 salariés ou au chiffre d’affaires dépassant les 50 M€ et plus de 43 M€ de total de bilan (1). Confrontées à des problématiques autres que les PME (Petites et Moyennes Entreprises) et les GE (Grandes Entreprises), oeuvrant généralement dans le domaine industriel et soutien important de l’emploi et de l’innovation, les ETI ont-elles pris le virage du design ?

A travers ce dossier, une série de six portraits d’ETI pointera les expériences et les démarches, toutes différentes, de sociétés basées en Aquitaine qui ont adopté le design pour mieux innover et se développer :  Fonroche, Kimo, Liphatec, Abzac France, Delpeyrat, Sokoa. Un éclairage qui sera couronné par une table ronde sur la thématique « Design et ETI », organisée le 6 décembre 2013 à l’Aérocampus de Latresne,  lors de la 4ème édition des Rencontres du Design, organisée par Prospective Design, dans le cadre de NOVAQT à l’Aérocampus à Latresne.

 

 

Président du Club des ETI d’Aquitaine, créé en 2011 par le Conseil régional d’Aquitaine, Marc Prikazsky, PDG de CEVA Santé Animale à Libourne, ouvre le ban en nous livrant son analyse du rapport ETI/design, qui selon, lui, « n’est pas encore suffisamment inscrit dans les gènes de ces sociétés».

 

Qu’est-ce qui caractérise tout d’abord les ETI basées en Aquitaine ?

Marc Prikazsky : Elles sont environ au nombre de soixante, emploient chacune plus de 250 salariés et ont notamment une taille suffisante pour vendre à l’export. Dans la région, les ETI sont particulièrement présentes dans les secteurs de l’agroalimentaire, l’aéronautique, le bois-papier, la chimie, la pharmacie, les matériaux. Elles représentent 23% des emplois en Aquitaine, 25% de la valeur ajoutée et 34% du chiffre d’affaires à l’international. La majorité d’entre elles investissent dans de la R&D et font de l‘innovation. Pour preuve, elles pèsent 25% de l’effort R&D de la région alors que les ETI, en nombre, ne constituent que 5% des entreprises en Aquitaine.

Pour innover, justement, ont-elles majoritairement recours au design ?

C’est sans doute le secteur de l’agroalimentaire qui initie le plus de démarches design.  Le domaine pharmaceutique le fait également. Le design est intégré surtout dans les secteurs où il y a un lien direct avec la grande consommation et le grand public. Dans ces cas, le design s’impose pour permettre au produit d’exister. Des moyens importants sont alors mis et des équipes dédiées constituées. Cependant, si l’on compare avec les Grandes Entreprises (GE), on constate que le design se vit très différemment au sein des ETI. Il n’est pas inscrit dans les gènes de ces sociétés dites intermédiaires. Même pour une société comme la mienne, qui emploie 3000 personnes, le design n’est encore un réflexe normal, bien que nous l’utilisions sur des produits spécifiques comme l’équipement médical. Le design comme élément d’innovation, de promotion, de différenciation n’est malheureusement pas suffisamment pris en compte dans les ETI.

Les freins sont-ils avant tout de nature culturelle ?

Les ETI sont essentiellement dans de l’innovation technique via leur bureau R&D. Les patrons des ETI sont généralement des scientifiques et des ingénieurs très ancrés sur leur cœur de métier. Ils cherchent avant tout à innover en développant la praticité, mais en oubliant l’aspect et le côté « perception » de l’objet par le client. Les ingénieurs des bureaux d’études eux-mêmes ayant reçu des formations très spécialisées et segmentées, n’apportent pas forcément un regard plus global pour intégrer du design. Un des problèmes est que le design n’intervient souvent qu’au moment de la promotion de l’objet. Il faudrait qu’il soit intégré bien en amont d’un projet.

La question financière notamment la capacité d’investissement constituent-elles un autre obstacle à l’intégration du design ? 

Les ETI disposent de réels moyens financiers pour innover. Contrairement aux PME, qui elles, sont freinées clairement par le montant des investissements, ce qui n’empêche pas certaines d’intégrer du design dès le début d’un projet. Pour les ETI, le frein principal, c’est le temps. En phase d’innovation, elles se doivent d’être agiles et de sortir leurs produits rapidement. Elles sont donc pressées et, par manque de temps, n’intègrent pas le design. Les très grandes sociétés, elles, détiennent encore plus de moyens que les ETI et, pour un nouveau produit, peuvent investir sur le long terme et prendre le temps d’intégrer du design. Elles ont aussi davantage de pouvoir financier pour imposer un nouveau produit sur le marché.

Sentez-vous cependant que les lignes bougent dans les ETI ?

Oui, il ne manque pas grand chose. On voit déjà que le design business, soit la mise en œuvre pour développer le business autour d’un produit, est bel et bien dans les gènes des ETI. On voit aussi beaucoup de design basé sur le côté promotionnel. Au sein de notre Club, nous axons notre message sur l’importance d’intégrer plus systématiquement cette dimension design avec ses retombées en termes d’emplois, de reconnaissance et de promotion d’un produit. Ces retombées peuvent, en outre, jouer un effet levier sur le tissu économique local, soit par l’emploi de designers, soit par capillarité, sur les PME sous-traitantes des ETI. Nous sentons en tout cas que les chefs d’entreprise sont en attente de présentations et d’explications sur ce que le design peut apporter.

 

Propos recueillis par Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

 

(1) Le total de bilan d’une entreprise prend en compte le passif ( capital, réserves, crédits) et l’actif ( terrains, immeubles..). Le chiffre d’affaires est le total des ventes, soit le volume d’affaires réalisé par cette entreprise

 

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.