Intelligence Design / Design au 21è siècle / «Les nouveaux matériaux vont permettre des produits et des formes qu’on ne connaissait pas»

José Alcorta, dirigeant de Rescoll.

« Le designer conçoit. Nous mettons en musique » témoigne José Alcorta, dirigeant de Rescoll.

Spécialisée dans les tests et l’étude de matériaux, la société pessacaise Rescoll donne corps aux composants thermoplastiques des futurs avions, à des colles auto-chauffantes nouvelle génération pour pales d’éoliennes, à des implants médicaux en polymère ostéocompatible… mais pas que. Les propriétés des nouveaux matériaux intéressent aussi les designers. 

Entretien avec José Alcorta, dirigeant de la société Rescoll.

Dans quel cas une entreprise travaillant en lien avec un designer fait-elle appel à votre société et pour quels types de services ?

En voulant innover dans un process et un concept, il est logique qu’à un certain stade, une entreprise fasse appel à une société de recherche afin que le produit devienne réalité. Notre rôle en tant que laboratoire de recherche est de partir du cahier de charge conçu par le designer. Le designer conçoit, nous mettons en musique.  L’innovation consiste surtout à mettre sur le marché de nouveaux produits que le consommateur attend. A titre d’exemple, nous travaillons régulièrement avec la société Sokoa d’Hendaye, fabricant de sièges et de fauteuils, qui nous demande des recherches et des tests sur des matériaux plus robustes, plus durables, eco-conçus et ce, tout en restant économiquement accessibles. Nous leur proposons par exemple des éco-solutions pour utiliser du bois recyclé ou des matériaux plus légers permettant de réduire le poids lors du transport…

Sur quels autres projets avez-vous travaillé en lien avec des designers ?

Avec la société Pyrenex, notre travail a consisté à trouver un système d’assemblage par collage d’un sac de couchage. Cette société souhaitait en effet de ne pas avoir recours à un système de couture traditionnel afin d’éviter que les micros plumes du sac ne sortent. Nous avons donc conçu une nouvelle colle et procédé à des essais. Autre exemple, en 2013, nous avons collaboré avec la société Saint-Palais de Castets-en-Dorthe pour la création de mobilier urbain en bois cintré commandé par la mairie de Pauillac. Notre rôle a été de tester et valider ce mobilier public, les différents assemblages des matériaux, leur tenue mécanique, leur résistance à l’humidité… Dans un autre domaine, nous avons mené l’an dernier, des recherches pour Princes de Bordeaux afin de mettre au point une capsule, sorte de matrice en cire placée sur le col des bouteilles de vin et capable de dégager l’arôme principal contenu dans la bouteille :  vanille, cannelle… etc. Pour une société parisienne, nous avons élaboré des bougies avec des flammes colorées en intégrant des sels métalliques.

Pour innover, les sociétés ont-elles tendance de plus en plus à se tourner vers des designers ? Le constatez-vous sur le terrain ?

Oui, on voit de plus en plus, dans les entreprises qui nous sollicitent, l’intervention de designers. Pour nous, ils permettent de bien faire l’interface entre les besoins et les désirs du public et l’offre de l’entreprise, augmentant ainsi les chances de réussite d’une innovation. Les sociétés semblent de plus en plus conscientes qu’elle ne peuvent rester sur les mêmes produits et sont obligées d’innover, de faire appel à des designers, à des idées venant de l’extérieur… C’est un mouvement ascendant. Cependant, cette tendance reste encore cantonnée, comme on peut nous-mêmes le constater, sur les secteurs de l’ameublement et de l’habillement, qui ont nécessité de se renouveler en permanence, de lancer des collections et d’être créatif.

Êtes-vous sollicité parfois directement par des designers indépendants pour un projet et non par une société employant un designer ?

On est en effet parfois consulté, mais très vite. Il se pose un problème de financement et le projet, au final, a du mal à se concrétiser.

Dans une vision prospective, quelles possibilités d’innovation offrent aux designers et aux entreprises les nouveaux matériaux ?

On peut voir d’ores et déjà, par exemple, dans le secteur aéronautique avec lequel nous travaillons beaucoup, que les avions, qui auparavant étaient à 100% mécanique, sont désormais constitués à 50 % de matériaux mécaniques et 50% de composites et que demain l’avion sera thermoplastique. Dans des secteurs plus design liés à l’ameublement par exemple, les nouveaux matériaux vont permettre de concevoir des produits et des formes qu’on ne connaissait pas, d’aller notamment vers des objets aux matières plus durables, plus résistantes, plus légères…

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

 

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