Made in Ici : un collectif prospectif jusque dans l’édition

« La phase d’édition conduit à faire de la prospective dans le sens surtout où elle peut permettre d’améliorer la fonctionnalité de l’objet pour les usagers » indique Natalia Rodriguez Hirsch, dirigeante de Made in Ici.

Créé en 2011, en Dordogne, le collectif Made in Ici, associant designers et entreprises, véritable laboratoire de recherche sur des matériaux locaux, expérimente désormais l’édition de ses propres créations.

 

Au sein de Made In Ici, la réflexion bat actuellement son plein. Trois objets devraient bientôt sortir, édités par leur soin : le luminaire en barrettes d’ardoise et rubans de led d’Anne-Florence Blondeau, les cousins en corde et les cloisons tressées et nouées des designers Céline Dayas et Romuald Marie de l’agence 16&12 (Lot). Une première pour ce collectif, en phase de structuration, qui n’avait pourtant pas vocation à l’origine à se lancer dans l’édition. « Le principe initial est d’amener des designers à travailler sur des matériaux locaux, notamment l’ardoise et la corde, de leur donner une mise en valeur contemporaine, d’explorer leurs possibilités comme leurs limites. Le tout basé sur des échanges avec des artisans, premiers connaisseurs de ces matières » explique Natalia Rodriguez Hirsch, dirigeante de Made in Ici et de la Galerie Ars Buro basée à Montignac, en Dordogne.

Les coussins 100% Palus tricotés en corde et signés d’une poignée historiquement utilisée dans le métier de la corderie. Une création des designers 16&12. Crédit photo Marc Allenbach

Dans ce véritable laboratoire expérimental, deux entreprises, désireuses de se diversifier via le design, ont été associées à l’aventure de la première édition : les Pans de Travassac (Corrèze), spécialiste du travail de l’ardoise et la Corderie Maurice Palus (Limousin). Outre cette association avec des acteurs économiques, Made In Ici, selon Natalia, présente aussi l’originalité de demander à des designers de travailler, de façon expérimentale, sur des matériaux qu’ils ne choisissent pas. « En général, les maisons d’édition prennent habituellement des projets de designers déjà réalisés même s’ils les font évoluer par la suite pour les rendre commercialisables ».

« C’était dommage de s’arrêter là »

Depuis la création du collectif, quatorze prototypes ont d’ores et déjà vu le jour. La galerie d’exposition du collectif situé à Montignac leur a offert une réelle visibilité. « Cependant, c’était dommage de s’arrêter là. Il fallait en éditer certains, ceux notamment dont j’avais pu constater qu’ils remportaient du succès lors de leur exposition en galerie » indique Natalia Rodriguez Hirsch. Son premier réflexe n’a point été cependant de s’adresser à des maisons d’édition. « Elles sont très peu nombreuses dans la région et garder une dimension locale était primordiale. Nous avons surtout vu que l’aventure était intéressante à mener, d’autant que nous disposions de nos réseaux de designers et d’un carnet d’adresses de revendeurs et de commerciaux ».

Pour autant, très vite, les premiers obstacles ont surgi. La difficulté tout d’abord de trouver des partenaires industriels pouvant assurer la production d’une série en flux continu suivant la demande de commercialisation. Très rapidement, la question du coût de fabrication et de revient s’est imposée également, entraînant la révision de la conception de certains objets. Les acteurs de Made In Ici se sont retrouvé face à des questions telles que : Les objets initialement fabriqués à la main pourraient-ils passer dans une production mécanisée ? Dans quelle mesure peut-on réduire la taille d’un objet pour qu’il soit commercialisable ? Peut-on aller jusqu’à modifier la forme ronde d’un objet en une forme carré, moins coûteuse à fabriquer… ?

« Une équation difficile pour ne pas dénaturer l’objet »

« Du coup, on se retrouve dans une équation difficile pour ne pas dénaturer l’objet. Il faut trouver des astuces tout en gardant en tête de faire travailler des entreprises et une main d‘œuvre locales qui permettra de défendre la tracabilité du produit. Nous faisons en tout cas en sorte que ces modifications se fassent toujours en concertation avec les designers. Ce sont eux qui décident jusqu’où ils acceptent d’aller ».

Cependant, la phase d’édition apporte aussi son lot d’innovation. « Elle conduit à faire de la prospective dans le sens surtout où elle peut permettre d’améliorer la fonctionnalité de l’objet pour les usagers. Dans ce sens, oui » conclut Natalia, persuadée que pour « que les designers éditent davantage, plusieurs modèles économiques restent encore à inventer, notamment ceux basés sur une vraie synergie de compétences ».

 

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

 

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