Mission Design : quelle place pour les territoires ?

Alain Cadix, venu présenter la Mission Design, le 6 décembre 2013, à la 4ème Édition des Rencontres du Design organisés dans le cadre de NOVAQT à Bordeaux-Latresne.

A travers la Mission Design, l’Etat s’est fixé pour objectif d’amplifier la culture design dans l’économie française. Quels rôles les territoires ont-ils à jouer et quoi de neuf pour l’Aquitaine ? Regards croisés d’Alain Cadix, chargé par l’Etat de la Mission Design et Alain Rousset, président du Conseil régional d’Aquitaine.

Lors de sa venue aux Rencontres du Design, vendredi dernier, Alain Cadix, sociologue et ancien directeur de l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), a décliné la liste des mesures préconisées pour inciter les entreprises à adopter plus systématiquement la culture design lors de la conception de produits innovants.

Ce plan d’action, fruit des réflexions d’un collège d’une vingtaine de designers se décline au pluriel : faciliter les relations designers-entrepreneurs-chercheurs, aider financièrement les projets avec l’appui de BPI France, Banque Publique d’Investissement (ex OSEO) et des dépenses design éligibles au crédit d’impôt, côté formation, inciter les écoles d’ingénieurs à mieux intégrer le design et parallèlement ouvrir davantage les écoles de design vers le monde de l’entreprise, sensibiliser au design des fédérations professionnelles autres que celle de l’ameublement…(Voir le mémoire remis le 15 octobre 2013 au ministre du redressement productif et au ministre de la culture et de la communication).

« C’est la proximité qui va compter »

Dans ce plan prévu au niveau national, les territoires y auront cependant, selon Alain Cadix, un rôle crucial à jouer : « Tout va se passer à l’échelle des territoires. C’est la proximité qui va compter ». A une condition essentielle, selon que les différents acteurs d’une région se mettent en réseau : conseils régionaux et généraux, chambres de commerce et d’industrie, communes, communautés d’agglomérations… « Il faut qu’ils travaillent ensemble, échangent entre eux, avec la BPI France, entre territoires. Il faut que tous tirent dans le même sens, même si, sur le terrain, leurs relations sont parfois complexes. L’enjeu doit dépasser les guerres de territoires ».

Pour Alain Rousset, président du Conseil régional d’Aquitaine, « la décentralisation sur ces questions s’impose. La mise en œuvre de la Mission Design, si on ne veut pas qu’elle soit bancale, doit être territorialisée. Il est crucial que les initiatives ne viennent pas d’en haut, mais remontent depuis les régions ».

L’Aquitaine déjà en piste

Selon Alain Cadix et Alain Rousset, les territoires ont un rôle crucial à jouer dans la mise en oeuvre de la Mission Design.

Se réjouissant de « cette mécanique d’accélération de l’innovation » via la Mission Design et « d’une reconstitution d’une stratégie gouvernementale sur des secteurs et des technologies », Alain Rousset cependant  souligne que l’Aquitaine a « déjà mis en place depuis dix ans une action de développement des projets design systématique, symbolisée par les trophées TADI et le soutien financier à 241 projets depuis 2007 ».

Une dynamique territoriale reconnue par  Alain Cadix. « Aujourd’hui, la prise en compte du design est très hétérogène selon les territoires. Certains ne l’ont pas du tout intégrée, d’autres, comme la région Aquitaine, l’ont initiée depuis des années à travers un Conseil régional attentif à cette dimension, le département Prospective Design  d’Aquitaine Développement Innovation, qui fait un travail d’accompagnement des entreprises important et intéressant, des écoles comme celle des Beaux-Arts de Bordeaux qui a une exceptionnelle ouverture sur le monde de l’entreprise… ».

Quoi de neuf pour la région ?

Dans ce contexte, quel visage aura donc le redéploiement régional de la Mission Design ? Alain Rousset met en avant la nécessité de « contrats d’objectif et de moyens entre l’Etat et les territoires, qui peuvent s’appuyer sur les PIA, Programme d’Investissements d’Avenir ». Alain Cadix, qui a été chargé de cette mission uniquement depuis début 2013, reconnaît qu’il est trop tôt pour, d’ores et déjà, donner des exemples d’actions concrètes de ce redéploiement en Aquitaine.

« Pour mener des actions de sensibilisation de proximité et de grande envergure, il est en tout cas certain que l’échelle du cluster et des pôles de compétitivité est la plus adaptée. Seront ciblés non pas des clusters qui ont déjà cette culture, mais ceux qui ne l’ont pas encore intégrée ou juste initiée. La sensibilisation se fera également dans les secteurs industriels traditionnels, comme le bois. J’espère qu’en 2014 il y aura une expérience dans un cluster aquitain. Nous sommes encore en phase de réflexion ».

Comme autre levier, Alain Cadix met en avant l’importance de mobiliser les grands entreprises travaillant avec des sous-traitants. « Ils ont une responsabilité d’entraînement et ont tout à gagner à ce que leurs sous-traitants gagnent en maturité sur ces questions ». Autre déclinaison régionale possible de la Mission design : des actions pédagogiques de sensibilisation au design dans l’éducation nationale. Là, encore, le suspens demeure. « L’académie d’Aix-Marseille sera pilote » indique Alain Cadix, « mais pourquoi pas l’Aquitaine ?  ».

 

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

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