Numérique et design : les pros de l’interface homme-machine

Le travail des ingénieurs cogniticiens consiste, par exemple, à tester les seuils de perception haptique.

Dans la conception d’un nouveau produit, les ingénieurs cogniticiens sont de plus en plus sollicités. Voyage au sein de l’Ecole nationale supérieure de cognitique de Bordeaux où les recherches s’enchaînent sur les interfaces numériques qui équiperont prochainement nos voitures, nos avions, nos téléphones, nos sites web…

Ingénieur cogniticien : la discipline est récente en France. Huit ans à peine. Portée par la demande des entreprises, elle a vu le jour pour répondre à des besoins pragmatiques : tester des produits en alliant des compétences à la fois en informatique, en psychologie et en neurosciences. Sa mission ? Plancher sur la façon dont l’être humain s’approprie et utilise un objet suivant ses aptitudes physiques et intellectuelles. Dans une démarche design d’innovation, ce sont donc eux, les ingénieurs cogniticiens, qui décortiquent dans quelle mesure un objet sera plus ou moins facile à manipuler suivant la personnalité de l’utilisateur, les contextes d’usage (environnement bruyant, open space,…)  et d’autres paramètres tels que la « fatigabilité », le métier, un handicap, l’âge, le système culturel de perception…

Une discipline fondamentalement transversale

Maître de conférences en psychologie, chercheuse à l’ENSC, Véronique Lespinet-Najib, travaille à la sensibilisation des webmasters pour les aider à concevoir des sites web accessibles aux personnes handicapées.

Pour cette approche centrée sur l’humain, les disciplines se croisent obligatoirement. A l’Ecole nationale supérieure de cognitique de Bordeaux, biologistes, philosophes, médecins, ergonomes, physiologistes, informaticiens, psychologues travaillent ainsi de façon transversale. Leurs domaines de prédilection : essentiellement le numérique et les interfaces informatiques. « C’est en cela notamment que la discipline d’ingénieur cogniticien est novatrice. La cognitique dans le milieu de la recherche existe depuis longtemps mais le fait de l’allier à des compétences d’ingénieurs, sous une forme appliquée, est récent. Nous ne sommes pas des informaticiens, mais nous pouvons comprendre les contraintes rencontrées par un informaticien tout en étant capables de parler avec des psychologues, des ergonomes… Nous sommes à l’interface » indique Véronique Lespinet-Najib, maître de conférence en psychologie à l’Ecole nationale supérieure de cognitique de Bordeaux.

Sites web plus compréhensibles, interfaces haptiques…

Plus spécifiquement, son travail actuel de recherche porte sur la création d’une plateforme pédagogique à destination des webmasters pour rendre leurs sites plus accessibles aux personnes handicapées. « A travers des tests utilisateurs, on détermine ainsi comment les sens sont sollicités en visionnant un site, le différentiel entre ce qui est voulu et ce qui est perçu et comment au final rendre une interface web plus compréhensible à tous». A quelques mètres de son bureau, deux ingénieurs d’études du CIH/HEAL (Human engineering for aerospace lab), Camille  Chauvelin et Thibaut Sagi, expérimentent, eux, les interfaces qui équiperont les futurs avions ou voitures nouvelle génération. A partir d’un simulateur grandeur nature représentant une cabine de cockpit, ils testent notamment des interfaces dites haptiques. « Les commandes d’un véhicule à l’avenir pourraient être équipées de signaux vibrateurs apportés à l’interface embarquée. Ils permettraient par exemple un feedback, à destination du pilote ou du conducteur, sur une action effectuée. Ces vibrations ressenties physiquement par la personne seraient utiles par exemple pour recevoir une information tout en déchargeant son attention visuelle ou dans le cas de double tâche », explique Camille Chauvelin.

Camille Chauvelin et Thibaut Sagi, chercheurs à l’ENSC.

Le facteur humain davantage pris en compte

Améliorer la performance d’un produit, la sécurité, le plaisir d’utilisation… Telles sont en effet les missions de ces chercheurs et de la cinquantaine d’élèves ingénieurs cogniticiens formés chaque année dans cette école unique en France. « Aujourd’hui, dans une démarche design le facteur humain et la prise en compte de l’usager ne sont pas toujours intégrés car les tests utilisateurs et les mises en situation prennent du temps et ont un coût. Pour autant, les mentalités changent notamment dans le domaine du numérique » précise Véronique Lespinet-Najib. En Aquitaine, des secteurs tels que l’aérospatial et l’automobile ont déjà une longueur d’avance, mais on est loin cependant encore de la généralisation des « Human centered designers » américains, qui placent systématiquement l’humain au centre d’une recherche design.

Marianne Peyri, jorunalistes Cap Sciences

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