Question de Méthode 3/3 : une boite à outils pour le Design

« Il est temps que les designers designent le design » Fabrice Coulon, Prospective Design.

Designer dans l’électroménager pendant quinze ans, Fabrice Coulon a rejoint 4 Design (devenu Prospective Design au sein de Aquitaine développement Innovation) en 2008. Il pointe l’urgente nécessité pour la profession de structurer un corpus méthodologique et donne l’exemple en forgeant des outils. Qu’il utilise pour accompagner les entreprises dans leur projet d’innovation.

On aurait dû être parfaitement à l’aise : l’abord de Fabrice Coulon est chaleureux et le tutoiement direct ; la grande table de travail du bureau qu’il partage avec Stéphane Allée au sein de Prospective Design, est accueillante. Mais quelque chose gêne. Que vient faire ce gros piège à souris dans un coin de la pièce ?

 

Une profession en péril ?

Oublions et parlons de méthode. À entendre Fabrice Coulon, le design serait à la croisée des chemins. « Alors que la valeur ajoutée apportée par le design repose très souvent sur le savoir-faire singulier du designer, les métiers comme le marketing ou l’ingénierie avec lesquels il dialogue, sont structurés autour de méthodes rigoureuses – qui incluent de plus en plus souvent des aspects du design ». On pourrait se réjouir de cette diffusion de la culture design et penser que la tâche du designer s’en trouvera facilitée. Il y a cependant un risque : « la disparition pure et simple du designer ! » Celui-ci ne devenant qu’ « un porte crayon » au service d’un processus qui lui échappe. Or l’innovation a besoin de la spécificité du designer, « de sa capacité à prendre du recul et à mettre en question les enjeux stratégiques. »

Comment sortir de ce paradoxe ? Il ne s’agit, au fond, que d’une histoire de cordonnier mal chaussé : « Il est temps que le designer designe le design, que la profession se créée sa propre boite à outil méthodologique, quitte à puiser, à notre tour, dans celles des autres disciplines ». Cette injonction, Fabrice Coulon, se l’est d’abord appliquée à lui-même, développant trois outils d’analyse. Positionnement design, qui permet de définir l’univers de la marque à partir de cinq axes interrogeant aussi bien l’identité que la performance.  Design mix qui s’inspire du Marketing mix et qui se focalise sur le projet et l’utilisateur. « Le rôle du designer est de remettre de l’humain dans la production, de rappeler par exemple qu’une maison est faite pour être habitée par de vraies personnes »

Boite à outil en open source

Le troisième outil, Prospective design, permet d’identifier des gisements d’innovation par l’analyse des brevets déposés, des savoir-faire de l’entreprise, des concurrents et des univers connexes. « Dans ce dernier cas, on explore des domaines qui n’ont rien à voir les uns entre les autres pour trouver des solutions qui ne seraient pas apparues en restant dans la spécificité de l’objet à développer. »

Ces outils ne sont pas destinés à rester dans le secret des ordinateurs et des cerveaux de Prospective design. « Nous voulons les diffuser et les généraliser. » Non pas pour les imposer comme référence unique mais pour qu’ils soient à leur tour, à la façon d’un logiciel en open source, amendés et améliorés par la communauté des designers. Opérationnelle depuis 2010, la méthode a été mise en œuvre dans toutes les actions d’accompagnement de Prospective design. « Nous sommes intervenus dans des domaines aussi variés que les maisons en bois, les lasers, les abris de piscines ou les pièges à souris. » Des pièges à souris ? On se sent mieux.

Donatien Garnier, journaliste Cap Sciences

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