You&Me : le défi de l’auto-édition

Maxime Pousset et Benjamin Chamfeuil, qui ont créé l’agence You&Me, travaillent sur l’auto-édition d’un projet de montre « 24h sans aiguille ».

Pour montrer leurs compétences de designers à part entière et pénétrer le marché du design de produit, les deux jeunes bordelais de l’agence You&Me se lancent dans l’auto-édition en partenariat avec une entreprise prestataire. Un pari inhabituel, risqué et chronophage, mais qui peut se révéler un vrai sésame !

 

En 2011, tout juste sortis du Master Creasud-Condé, Maxime Pousset et Benjamin Chamfeuil ont ouvert leur agence de design global You&Me, Place du Palais, à Bordeaux. Très vite, les commandes ont afflué pour des missions de communication visuelle, d’identité de marque ou de webdesign. L’activité de ce secteur aujourd’hui bat son plein. En revanche, les commandes du design de produit restent encore modestes. « Nous avons travaillé, entre autres, sur la conception de chaussures de foot pour un particulier qui voulait créer sa marque et également sur le packaging des semelles de luxe Red Carpet. Mais globalement, notre société étant jeune, les entreprises ne nous contactent pas naturellement » témoignent Maxime Pousset et Benjamin Chamfeuil.
Leur jeunesse n’est pas seule en cause, un certain flou régnant encore sur l’activité du designer. « La difficulté est en effet de convaincre les entreprises que nous ne sommes pas que dans une démarche de graphisme, mais que nous sommes designers à part entière, ce qui induit qu’on travaille avec une vraie méthodologie, qu’on intègre des critères d’usage, de fabrication, de marketing… ».

Dernièrement, les deux desigenrs de You&Me ont travaillé sur le packaging et l’identité de marque de la société Red Carpet, fabricant de semelles de luxe pour chaussures à talons.

Une montre « 24 h sans aiguille »

Loin de se résoudre à cette réalité du marché, ces deux jeunes, âgés tous deux de 27 ans, ont décidé de provoquer le destin. « Si on ne nous donne pas les moyens, on va le faire nous-mêmes » ont posé ainsi les deux dirigeants de You&Me, qui se sont lancés dès lors dans l’auto-édition. Depuis plus de dix mois, ils planchent, sans ménager leur temps ni leur énergie, en sus de leur travail habituel, sur un projet de création d’une montre «24h sans aiguille».

Tout est parti d’une rencontre avec Aurélien Cram, diplômé de l’INSEEC, passionné de design et gérant d’un magasin de montres, situé Place du Parlement à Bordeaux. Son expertise du marché et des attentes des clients a fait surgir l’idée d’un projet commun autour de la création d’un nouveau concept, pour l’instant, peu investi par le marché. « Nous avons essayé de trouver un univers, de raconter une histoire, d’aller au-delà d’un simple assemblage de pièces techniques, mais pour autant, l’idée de se faire plaisir était corrélée à un vrai projet d’entreprendre, basé sur la réalité d’un marché à prendre », précise Benjamin Chamfeuil.

Un partenariat avec la société Abaque Industrie

Au fil des mois, les dessins de la fameuse montre ont pris corps. Un partenariat, suite au démarchage réalisé par You&Me, est né avec une entreprise locale, Abaque Industries, située à Blanquefort et spécialisée dans la mécanique industrielle de précision. « Désireuse justement de se développer et de se diversifier, cette entreprise a montré une implication très forte. A travers diverses rencontres, on a pu évaluer leurs savoir-faire, connaître mieux les matériaux travaillés, les process de fabrication, leur potentiel et bénéficier d’une aide à la conception technique. Et adapter notre projet design en fonction de ces critères, par exemple, en décidant d’utiliser leur savoir-faire de tailler dans la masse au lieu de couler les pièces », décrit Maxime Pousset. Actuellement, les deux partenaires finalisent ainsi le prototype.

Une levée de fonds communautaire envisagée

Parallèlement, les deux designers de You&Me, outre les démarches de dépôts de brevets, ont mis en oeuvre le business plan du produit, Abaque Industrie n’étant qu’un collaborateur prestataire. D’ores et déjà, les résultats du label de l’Observeur du design 2014 ont permis la labellisation de leur projet de montre. « On réfléchit actuellement à des modes de financement plus inhabituel et prospectif en soi, tels qu’une levée de fonds communautaire, basée sur une communauté de particuliers séduits par un projet et réunis par la toile ». Leur objectif ?  commercialiser la montre d’ici à fin de l’année.

Un pari risqué, mais que Benjamin et Maxime assument jusqu’au bout. « D’une part, ce projet nous permet de travailler en toute liberté sur un produit qui soit à notre image et qui nous séduit, mêlant design d’objet et design industriel. D’autre part, si nous réussissons, il permettra de nous faire remarquer, de montrer nos compétences, d’asseoir notre patte et surtout d’arriver, à l’avenir, à remporter davantage de marchés dans du design de produit ».

 

Marianne Peyri, journaliste Cap Sciences

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